Le poids du réconfort

Mar 15, 2019 par

Le poids du réconfort

 

 

Kevser Atar

 

 

 

Allah dit : « Très certainement, Nous vous éprouverons par un peu de peur, de faim et de diminution de biens, de personnes et de fruits. Et fais la bonne annonce aux endurants, qui disent, quand un malheur les atteint : « Certes nous sommes à Allah, et c’est à Lui que nous retournerons. » (Coran, Al-Baqara, 2/155-156)

 

Le Seigneur créa l’homme puis l’envoya sur terre dans le but de l’éprouver. C’est pour cela que chaque instant de notre vie est chargé de diverses épreuves. Par exemple, certains sont éprouvés dans leur bonne santé, d’autres dans la maladie. Comme évoqué dans le verset coranique susmentionné, le salut dans les deux situations n’est possible qu’avec la patience et l’orientation vers Allah. Contrairement à ce que l’on croit, l’épreuve endurée par un corps en parfaite santé est beaucoup plus difficile à supporter qu’une épreuve liée à une maladie et même à la liberté. De même l’épreuve attachée à la richesse matérielle est plus ardue que celle attachée à la pauvreté…

Étant donné que l’homme jouissant d’une bonne santé ne connaît ni angoisse ni tracas, il a tendance à oublier facilement Allah. Avec les grâces qui lui sont accordées, il peut devenir intraitable, s’emporter ou bien négliger d’adorer Allah. Quant à l’infirmité et à la maladie, elles sont des conseillères adroites qui avertissent sur le chemin du salut. L’homme qui découvre son identité originelle à travers la douleur que causent les maladies, qui parvient à comprendre sa faiblesse et qui se souvient à nouveau que toute chose provient de la volonté d’Allah, avancera en maturité et rejoindra le cercle des « véritables serviteurs d’Allah ». Un tel homme sera honoré par Allah et recevra de Lui de nombreuses gratifications. Si la maladie n’avait pas été porteuse d’une cause bénéfique, Allah aurait-Il soumis à Ses serviteurs ces épreuves marquées par la souffrance et la calamité ?

 

Nous lisons dans certains hadiths :

 

«  Allah éprouve par des fléaux celui qui Le nie. » (Bukharî)

 

« Les prophètes sont les hommes les plus exposés aux plus grandes calamités et épreuves. Ensuite ce sont les pieux et enfin les autres croyants selon leur degré de foi. » (Tirmidhî, Zuhd, 57)

 

« Aucun mal n’atteint le musulman, que ce soit une douleur chronique, une fatigue, une maladie, une tristesse ou même une mélancolie qui l’abat, sans qu’il ne lui serve d’expiation à ses péchés. » (Muslim, Birr, 49)

De même que les hommes sont craintifs à l’idée de perdre leur bonheur relatif à leur vie emprunte de troubles de toutes sortes, de même ils deviennent angoissés à chaque fois qu’ils entendent parler de « maladie ». Ainsi donc, ce qui peut paraître comme un malheur qui touche l’homme peut devenir une miséricorde, si l’épreuve est bien perçue. Pour ce fait, il est conseillé de ne pas concevoir les maladies comme « des incidents liés à l’angoisse », mais à chaque fois il est indispensable de développer des attitudes positives et optimistes à leur encontre. Autrement dit, les gens atteints de maladies ne sont pas considérés selon l’état dans lequel ils se trouvent, dimension elle-même éloignée de tout regard mondain, mais selon la valeur que cet état maladif leur fera bénéficier le Jour de la Résurrection ; c’est le seul chemin qui les protègera des angoisses de la maladie par exemple. Supposons un individu plein d’énergie qui remplit convenablement ses occupations, que se passerait-il s’il attrapait une quelconque maladie qui irait jusqu’à lui imposer une destruction importante de son organisme ? Peut-être que tout ce qui constituait son programme pour l’avenir, agissant tout le temps selon les perspectives de ses propres pensées, prendrait brusquement une forme différente… Les médicaments spécifiques et dangereux qui seraient utilisés selon une intensité plus ou moins élevée endommageraient le mécanisme de défense de l’organisme et rendraient sa structure plus faible… Pour cette raison, ledit individu ne pourrait plus aller là où vont habituellement les autres personnes en bonne santé et, tout en restant maintenu la plupart du temps à domicile, il serait obligé de passer du temps à des endroits différents, selon son état de santé. Egalement, il ne pourrait plus également se nourrir de tout ce qu’il désirait auparavant ou bien même il pourrait être conduit à suivre un régime alimentaire. Les fatigues et les dépressions s’amplifieraient et il perdrait abondamment de l’énergie. Ou bien le traitement qu’il subirait influencerait sa forme physique…Peut-être perdrait t-il excessivement sa forme ou peut-être encore aurait-t-il des tuméfactions sur le corps ? En résumé, force est de constater qu’il perdrait progressivement son ancien charme…

Alors que ces évènements, s’ils étaient évalués sous un angle différent, ne seraient en définitive pas aussi graves que cela pour l’homme. À titre d’exemple, il y a le fait de concevoir avant tout que tout ce qui nous arrive provient de la volonté d’Allah apporte la plus grande source de réconfort qui soit. Parce que la vie est de courte durée et avance avec une certaine rapidité. Par ailleurs les maladies, et la souffrance en particulier, n’admettent pas le passage rapide de la vie, la capturant ou la prolongeant. Ces individus qui faisaient la course à la richesse et à la distraction, en devenant malades, ont été obligés de prendre au sérieux leur existence dans toute sa réalité. Cela leur a permis de saisir une belle opportunité pour prévaloir leur mérite d’être des serviteurs (d’Allah) dont la moralité, la conscience et l’intimité se seraient accrues.

Lorsqu’un individu en esquissant son programme de vie n’inclut jamais des évènements tels que la maladie ou l’accident, il peut adopter la plupart du temps une conduite indisciplinée ; il peut agir aussi par le biais de faux raisonnements tels que : « Pourquoi de tels faits me sont-ils arrivés ? »

Certes il n’est pas possible à des individus vivant hors de la moralité islamique de se résigner à la maladie ou au choc causé par quelque accident ; l’alternative étant pour eux de considérer les incidents qu’ils rencontrent comme autant « d’angles positifs ».

 

Que retenir de cela : l’homme a été créé muni de nombreuses infirmités. Malheureusement, les hommes qui n’ont pas appréhendé la réalité du destin accusent les virus et les microbes d’être les seules causes des maladies. Pareillement, lorsqu’ils sont victimes d’un accident, ils croient que cela est dû à une mauvaise manœuvre du conducteur ou à son inadvertance. Alors que c’est tout à fait le contraire de ce qu’ils croient : tous les micro-organismes qui sont à l’origine des maladies ou bien tout ce qui dégrade l’homme sont en réalité des éléments constitutifs de la création d’Allah. Et chacun de ces éléments n’est certes pas à la dérive, il évolue sous le contrôle d’Allah. Pour celui qui se confie au Tout-Puissant, pour l’homme qui s’en remet à Sa bénédiction tout en ayant confiance en cela, les évènements tels que les maladies, les accidents et les épreuves de toutes sortes s’achèveront dans la joie.

Naturellement, dans ces conditions, l’acquisition d’une foi pieuse et l’expérience de la patience restent indispensables.

 

Notre cher Prophète () a dit : « Le vécu de toute épreuve ou de toute difficulté est, pour la personne, proportionnellement lié à la mesure de son angle d’ouverture à la religion. Si sa foi est pieuse et solide, sa difficulté deviendra soutenable. En revanche, si sa foi religieuse est faible, elle sera soumise à l’épreuve avec le même degré d’intensité que sa foi. La difficulté (ou l’épreuve) s’attache tellement au col de l’homme que cela ne l’abandonne pas tant qu’il demeure pécheur. » (Tirmidhî)

 

À ce propos, le sage Imam Ghazalî regroupa en trois catégories les maladies et les calamités  qui parviennent usuellement aux hommes :

 

  1. La maladie et la calamité rencontrées par l’hypocrite (munafiq) : puisque celui-ci a contesté Allah, la maladie et la calamité lui parviennent en valeur de sanction.
  2. La maladie et la calamité rencontrées par le croyant (mu’min) : puisque que celui-ci use de patience en se disant : « ceci est la volonté d’Allah », la calamité purifie ses péchés.
  3. La calamité du croyant dans la station du remerciement : puisque celui-ci a loué et remercié Allah durant cette maladie, celle-ci devient dans ce cas la cause de l’élévation de sa foi en Allah.

 

Comme nous le constatons, les maladies sont, pour le croyant,  responsables de la purification des péchés et de l’élévation de sa foi religieuse. C’est à ce sujet qu’Allah dit :

 

« Or, il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose alors qu’elle vous est un bien. Et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle vous est mauvaise. C’est Allah qui sait, alors que vous ne savez pas. » (Coran, Al-Baqara, 2/216)

 

Quant à notre Prophète (), il a dit :

 

« Je le jure au nom d’Allah qui détient mon âme dans Sa main, jamais Allah ne prescrira une  mauvaise chose au croyant. Cela est vrai pour le croyant faisant un bien quelconque à un autre croyant, celui-ci remercie et le bien en question lui devient bénéfique. Si par contre Allah met un croyant dans une situation difficile et que celui-ci patiente, cela lui est également avantageux. » (Muslim)

 

Comme explicité dans certains versets coraniques et hadiths, il existe tant de malades qui, en raison des maladies auxquelles ils ont été confrontés, ont obtenu un certain degré spirituel. C’est ainsi que ces personnes vivent en quelque sorte comme ayant un pied dans le monde et l’autre dans l’au-delà. Elles implorent Allah à chaque instant et Lui demandent Son assistance. Elles renoncent au monde de leur cœur et se rattachent affectueusement au Jour de la Résurrection. Il y a aussi ces personnes atteintes de maladies que l’angoisse et la souffrance rendent plus ravissantes de par la volonté du Seigneur. Aucune autre chose ne pourrait leur apporter autant de saveur que cela.

D’ailleurs, les personnes malades, en se comparant à celles qui sont en bonne santé, ne font que contribuer à l’amplification de leurs soucis et de leurs chagrins. Si une telle personne reste dans cette optique, elle se rendra davantage malade et saura même adopter un caractère introverti à travers lequel sa maladie pourrait lui laisser des traces indélébiles. Pour ce fait, il est nécessaire que l’homme se contente des grâces qu’il possède.

Dans cette même lancée, nous ne devons pas perdre de vue que le véritable propriétaire des biens, c’est Allah. Il accorde les choses qui lui sont demandées comme Lui-même désire que nous les Lui demandions. Nous ne pouvons prétendre aucun droit sur Ses biens. Nous devons réaliser que tous les biens que nous possédons sont « une grâce » qui nous a été octroyée par Allah.

 

Il est également important de porter un effort de réflexion sur le fait que si le serviteur use de patience et se satisfait de son état, Allah le récompensera par toutes sortes de grâces, ici-bas et dans l’au-delà. Admettons par exemple qu’un homme ait commis une faute grave et (pour la réparer) accomplisse toutes sortes d’actions, eh bien il demeure impossible de compenser une telle faute. En effet, puisque le Seigneur veut sans cesse protéger Son serviteur des péchés, Il lui inflige soit une maladie soit un souci quelconque. De ce fait, ce serviteur, en raison de sa déficience ou de son infirmité, se rend compte de sa faiblesse et de son incapacité et, au bout du compte, se rattache à Allah ; en patientant ainsi, il se purifie de ses péchés pour qu’au final son degré de spiritualité soit plus élevé. Cela veut dire que dans ce cas le serviteur en question aura fourni peu d’efforts mais cependant bénéficiera de beaucoup de choses. Surtout que dans ce sujet précis, il est très inconvenable d’imputer toute injustice à Allah puisque de fait la descendance humaine a toujours recherché la justice dans ce monde. Cependant, il est nécessaire de savoir que la véritable justice n’y existe pas et que la justice absolue apparaîtra le Jour de la Résurrection. Notre cher Prophète () a dit :

 

Allah dit : « Je soumettrai Mon serviteur à deux types d’épreuves. Dans le cas où il use de patience, Je le récompenserai par le paradis en contrepartie de ces deux épreuves. » (Bukharî, Mardâ)

 

Cela signifie que le moindre trouble, quel qu’en soit son effet destructif, est pour la personne qui la subit une expression de la grâce d’Allah. Même si rarement quelques personnes s’emportent à ce sujet en nourrissant des sentiments de mécontentement, de pessimisme ou d’infériorité. En revanche, chez de nombreuses personnes, ces troubles divers constituent des opportunités pour se relier plus étroitement à Allah. C’est donc là que l’on comprend qu’Allah est le seul Ami de l’homme. En dehors de Lui, aucune autre personne ne pourrait lui apporter une véritable aide, y compris elle-même parce que tout être humain est incompétent dans ce domaine.

Si le malade ressent le mal qu’occasionne sa maladie et que ses proches se trouvent près de lui, ces derniers ressentent ce mal deux fois plus intensément. Qui plus est, quand l’un des deux parents constituant la famille est malade, il ne peut y avoir ni joie ni tranquillité au sein du foyer. De la même manière, l’une des plus dures épreuves touchant les parents est sans conteste l’effet de la maladie sur leur enfant. Que ce soit la mère ou bien le père, ils pleurent tous deux chaque jour, incapables de faire quoi que ce soit (pour soulager leur enfant), et, dans leurs dou’as effectuées en faveur de la guérison de leur enfant, ils se mettent à supplier ainsi : « Ah ! Si seulement je pouvais prendre ce mal et souffrir à la place de mon enfant ! » Alors cette supplication ne serait qu’un déni de la volonté d’Allah et en aucun cas cela pourrait se traduire par un franc désir de s’approprier la maladie de l’enfant.

Il y a également la situation de ceux qui s’occupent du malade… ce service qui est difficile, ennuyeux et fatiguant, constituant pourtant une source de sagesse et d’œuvre pie. L’état spirituel, le nombre d’œuvres pie et tout autre avantage que le malade bénéficie sont également valables pour de telles personnes. Lorsque nous nous occupons de quelqu’un, de notre père ou de notre mère qui est malade, le service effectué nous fera bénéficier de la porte de la spiritualité le Jour de la Résurrection. Notre cher Prophète () a dit à ce propos :

 

« Qu’il soit maudit celui qui voit ses parents vieillir et qui ne parvient pas à gagner le paradis. »

 

Cela signifie que le fait de les satisfaire est une grande oeuvre qui fait bénéficier du paradis.

 

Il est important de souligner qu’il est indu de faire une supplication telle que : « Ah ! Si nous  pouvions aussi recevoir de telles calamités afin que nous bénéficiions des mêmes avantages que procure la maladie ! » Parce que les gens en bonne santé sont au bénéfice d’un nombre illimité de pratiques leur assurant une certaine bienveillance. Autrement dit, de même qu’il n’est pas nécessaire de tomber malade pour reconnaître la valeur de la santé, de même on n’a pas besoin de tomber malade pour être soumis à une quelconque épreuve. En outre, l’homme pourrait t-il avoir assez de patience si la maladie le touchait ? Force est de constater qu’on ne peut le savoir. À ce sujet, le Coran nous suggère une dou’a particulièrement didactique :

 

« Seigneur ! Accorde-nous une belle part ici-bas ainsi qu’une belle part dans l’au-delà ; et protège-nous du châtiment du Feu. » (Coran, Al-Baqara, 2/201)

 

En résumé, s’il était nécessaire de regrouper les bienfaits que la maladie pourrait emmener, nous dirions que :

  • Elle apprend à reconnaître la valeur de la santé.
  • Elle purifie les péchés.
  • Elle embellit l’homme avec des qualités telles que la patience, le témoignage de reconnaissance et l’altruisme.
  • Elle contribue à renforcer la foi religieuse
  • Elle rappelle à l’homme sa faiblesse et son besoin d’Allah.
  • Elle supprime en l’homme ses mauvaises pensées et inclinations telles que l’orgueil et l’amour-propre.
  • Elle permet à l’homme de se rappeler que ce monde est éphémère, que l’au-delà est éternel, et que cette réflexion le sauvera de l’ignorance.

 

 

Veuille Allah le Tout-Puissant nous rendre patients pour que nous reconnaissions la valeur de la santé et que nous puissions nous-mêmes demeurer satisfaits de Sa volonté tout au long de notre maladie… Amin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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