Ceux qui portent des ailes pour s’envoler au paradis

Mar 15, 2019 par

Ceux qui portent des ailes pour s’envoler au paradis

 

Mustafa Eriş

 

 

 

 

Jafar (qu’Allah l’agrée) était le fils d’Abû Talib, l’oncle de notre cher Prophète (). Il fut aussi surnommé Jafar al-Tayyar (l’homme ailé) et fut connu pour être l’un des premiers sages de l’islam. Voici son histoire :

 

Lorsque le Prophète de l’univers () eut atteint l’âge de 36 ans, la population de La Mecque connut une grande disette et le peuple qurayshite fut particulièrement touché. Le Prophète Muhammad () savait que son oncle Abû Talib ibn Abd al-Muttalib (le père de Jafar) était pauvre, qu’il avait une famille nombreuse à sa charge et qu’ils vivaient tous dans un dénuement total. Afin de diminuer cette charge, le Prophète () et son oncle Abbas décidèrent d’un commun accord que chacun d’entre eux prenne un enfant à leur charge. Et c’est ainsi que notre Prophète (), accompagné de son oncle Abbas, se rendirent auprès d’Abû Talib pour lui exposer leur idée. Abû Talib accepta leur proposition, à condition qu’il garde avec lui son fils Akil ; et quant à eux, ils pouvaient prendre n’importe quel enfant. Notre cher Prophète () choisit ‘Ali (qu’Allah l’agrée), son oncle Abbas recueillit Jafar, puis tous deux les intégrèrent au sein de leur propre famille respective.

 

Lorsque vint l’islam, ‘Ali (qu’Allah l’agrée) fut le premier enfant à devenir musulman et bénéficia ainsi de l’honneur que confère ce statut. Quant à Jafar (qu’Allah l’agrée), il grandit chez son oncle Abbas. Il épousa ensuite Asma bint Umays. Par l’intermédiaire d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), lui, ainsi que son épouse, furent les premiers à embrasser et à rejoindre cette chaîne des vertueux de l’islam.

 

Le Prophète () exprima son affection à son égard en utilisant ces termes : « Jafar est celui qui me ressemble le plus de part sa nature et sa bonne moralité. » Il fut parmi les premiers musulmans à qui l’on fit subir les pires calvaires et tortures, mais s’était armé et nourrit de patience. Comme tous les autres musulmans, il savait que le chemin du paradis était garni d’épines et de difficultés. Face à cette situation, son épouse, lui et un groupe de Compagnons se trouvèrent dans l’obligation d’émigrer vers l’Abyssinie (actuelle Ethiopie).

 

Arrivés en Abyssinie, ils vécurent pour la première fois leur foi en toute quiétude. Lorsque  les Qurayshites apprirent que des musulmans avaient trouvé refuge auprès du Négus, le souverain de l’Abyssinie, ils ne purent tolérer ce fait. Ils envoyèrent deux personnes chargées de précieux cadeaux chez le Négus en exigeant de sa part qu’il expulse de son paisible pays ces jeunes personnes qui pratiquaient cette nouvelle religion. Dès qu’il reçut cette délégation, le Négus convoqua les représentants de Quraysh et les réfugiés musulmans pour les écouter mutuellement. Lorsque le tour des réfugiés arriva, ce fut Jafar (qu’Allah l’agrée), nommé porte- parole des musulmans, qui prit la parole d’une manière nette et claire en ces termes :

 

« O roi ! Notre peuple vivait dans l’ignorance. Nous adorions les idoles et nous mangions des cadavres. Nous faisions toutes les méchancetés imaginables et nous ne respections pas les liens familiaux. Nous ne respections pas notre voisin et le plus fort opprimait le plus faible. Nous étions dans cette situation jusqu’à l’avènement du Prophète (). Ce messager d’Allah nous a invités à l’adoration du Dieu unique, à ne nous soumettre qu’à Lui et à renoncer aux idoles de pierre fabriquées par nos pères. Il nous a enjoints de dire la vérité, d’accomplir nos serments, d’être bienveillants envers les parents, de respecter les droits du voisin, de s’abstenir des choses illicites, et a proscrit le meurtre. Il a interdit le faux témoignage et la diffamation. Il déclare illicite le fait de consommer les biens de l’orphelin. Il nous a seulement ordonné d’adorer Allah, sans rien Lui associer, et d’accomplir la prière, de donner l’aumône légale et de pratiquer le jeûne.

Nous avons cru à ce Prophète. Nous croyons en lui. Nous avons marché sur le chemin qu’il nous a indiqué. Nous avons reconnu le licite tel qu’il nous l’a présenté. Nous avons compris l’illicite tel qu’il l’a défini.

 

O roi ! C’est pour cette raison que notre peuple nous a attaqués et nous a torturés. Ils nous ont livré toutes ces batailles pour que nous renoncions à notre culte et que nous retombions encore une fois dans l’idolâtrie. Nous abandonnâmes notre patrie lorsqu’il nous fut difficile de supporter  leur oppression extrême. Nous avons choisi de venir dans votre pays tout en espérant ne plus vivre cette oppression. »

 

Sa dignité, sa politesse, son sérieux et sa sincérité lorsqu’il présentait l’Islam à Nedjachi, le roi d’Abyssinie, est un bon exemple dans la manière de prêcher la religion (tabli’).

 

Face à ces francs propos, le roi répliqua : « Connaissez-vous par cœur quelques récits qui ont été révélés à votre prophète ? »

Jafar (qu’Allah l’agrée) acquiesça et aussitôt se mit à réciter ce qui suit :

 

« Kâf, Hâ, Yâ, ‘Ayn, Sâd. C’est un récit de la miséricorde de ton Seigneur envers Son serviteur Zacharie. Lorsqu’il invoqua son Seigneur d’une invocation secrète, et dit : ‹Ô mon Seigneur, mes os sont affaiblis et ma tête s’est enflammée de cheveux blancs. [Cependant], je n’ai jamais été malheureux [déçu] en te priant, ô mon Seigneur. »  (Coran, sourate Maryam, 19/1-4)

 

En entendant ces paroles, le Négus se mit à pleurer jusqu’à ce que ses larmes mouillent sa barbe. Puis, se tournant vers Jafar ibn Abi Tâlib, il lui avoua ce qui suit : « Je le jure devant Dieu que je reconnais cette lumière, en effet, elle appartient à la même et unique source que celle révélée à mon peuple. Ce qui fut annoncé à Jésus est empreint de la même essence que la révélation envoyée à votre prophète. » Puis s’adressant à la délégation qurayshite, il leur dit ceci : « Levez-vous et partez.  Jamais je ne vous les livrerai. »

 

Jafar (qu’Allah l’agrée) et son épouse vécurent en sécurité pendant 10 ans dans le pays du Négus. En l’an 7 de l’hégire, ils retournèrent à La Mecque en compagnie d’autres musulmans. Une fois arrivés, ils furent informés du retour victorieux du Prophète de la conquête de Khaybar.

 

Notre cher Prophète () fut tellement ravi du retour de Jafar qu’il se demanda : « Je ne sais pas lequel de ces deux évènements me réjouit le plus : la conquête de Khaybar ou bien le retour de Jafar. »

 

Notre prophète () avait l’habitude de le surnommer « le père des pauvres ». Ainsi fut Jafar (qu’Allah l’agrée), usant de tendresse et de miséricorde envers les indigents. Il avait coutume de  les inviter chez lui et ces derniers avaient l’occasion de se nourrir et de se désaltérer. Jafar (qu’Allah l’agrée) est connu pour être l’homme le plus généreux de son époque. On l’appelait  aussi « Jawad ibn Jawad », c’est-à-dire le « généreux, fils du généreux ».

 

En l’an 8 de l’hégire, le Prophète () prépara une armée pour combattre les Byzantins, ennemis des musulmans à cette époque. De ce fait, il désigna Zayd ibn Hariths en tant que commandant de l’armée, en précisant : « Si Zayd meurt au combat, Jafar devra prendre le commandement de l’armée à sa place. Si Jafar venait à être blessé ou à mourir, c’est à Abd Allah ibn Rawaha qui le relèverait. »

 

Lorsque l’armée musulmane, composée de trois mille combattants, parvint à Mu’ta, elle dut  affronter un groupe de cent mille combattants byzantins. Zayd (qu’Allah l’agrée) mourut en martyr dès le début du combat. Jafar (qu’Allah l’agrée) prit l’étendard de l’islam à son tour. Il se rendit dans les rangs de l’ennemi en balançant son sabre de gauche à droite. Pendant ce temps-là, l’armée adverse complota contre lui et l’un des leurs fut désigné pour trancher la main droite de Jafar. Malgré la perte de sa main droite, Jafar continua le combat en tenant l’étendard de l’islam avec sa main gauche. En un rien de temps, il perdit l’usage de sa main gauche, également tranchée par l’ennemi. Mais pour autant, Jafar ne perdit pas courage : continuant sa mission, l’étendard appuyé contre sa poitrine et retenu par ce qu’il restait de ses bras. Au moment même où il voulut attaquer de nouveau, l’ennemi le saisit lâchement et il mourut en martyr.

 

Vint le tour d’Abd Allah ibn Rawaha de se saisir de l’étendard. À son tour, il combattit rageusement jusqu’à mourir martyr tout comme son défunt ami. Le Prophète () déplora beaucoup la mort de ses trois commandants. À l’issue de ces douloureux évènements, il se rendit chez la famille de Jafar (qu’Allah l’agrée), et là, dans ce lieu, ne put retenir ses larmes devant les enfants de Jafar qu’il aimait tant. Asma, la femme de Jafar, le voyant dans cet état, lui demanda : « Ya Râsulallah ! Pourquoi pleures-tu ? Y aurait-il  une nouvelle particulière à propos de Jafar et de ses compagnons ? »

Le miséricordieux Prophète () répliqua : « Oui. Ils sont morts en martyrs aujourd’hui. » Ensuite, il la mit en garde contre toutes les paroles préjudiciables et s’en retourna chez lui.

Pour consoler notre Prophète () de son pénible chagrin, l’Ange Jibril (sur lui la paix) lui apparut et lui annonça qu’Allah le Très-Haut avait honoré Jafar en le dotant de deux ailes pour remplacer ses deux mains coupées et qu’il s’en servait pour se déplacer au paradis.

Ce don digne d’Allah le Très-Haut nous explique ainsi son surnom : Jafar al-Tayyar (Jafar l’homme ailé). Il mourut martyr à l’âge de 41 ans.

 

Qu’Allah le Très-Haut le bénisse et nous également. Amin.

 

 

 

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