Le Besoin de Notre Ere: “DES GENS DE COEUR”

Mar 8, 2025 par

 Adem Ergül

La rénovation du style de communication, devenu sans âme, endurci et grossier, peut être réalisée avec les touches soyeuses des derviches qui ont des cœurs qui vivent en unité avec Dieu. Être derviche ne signifie pas couper les relations avec tout, mais établir une relation correcte avec tout.

Le soufisme est une école de construction de la personnalité et la discipline qui enseigne la façon de vivre un Islam avec la qualité de l’ihsan, à l’intérieur comme à l’extérieur. Cet  horizon très sublime n’est pas facile à capter car cela nécessite de le connaître, de le trouver et d’y être.

De nombreux noms ont été donnés à ceux qui se sont lancés dans ce voyage à travers l’histoire… Ils ont été appelés disciples, voyageurs, derviches.

Les noms sont importants, mais bien sûr, tout n’est pas qu’une question de noms. La manière dont ce nom est rempli est bien plus importante.

Chaque époque a produit son propre derviche selon les conditions de temps et de lieu, proportionnellement à ses capacités.

Ces naissances et ces devenirs sont tantôt faibles et maladifs, tantôt forts et hautement qualifiés…

Puisque notre métier ne consiste pas à remettre en question ce qui appartient au passé parlons donc du derviche d’aujourd’hui, c’est-à-dire du serviteur de Dieu…

L’un des principes importants soulignés dans la tradition de formation Nakshi est le « Vukûf-i zamânî, » expression qui signifie  » connaître et utiliser de façon adéquate la bénédiction du temps ».

À cet égard, le derviche n’est pas une personnalité ennuyeuse, mais une personne qui rencontre à chaque instant la nouveauté dans un certain cadre et adopte l’attitude et le comportement les plus corrects et appropriés à ce moment.

Autrement dit, son état est formé par les inspirations de son cœur, qui est en communion avec son Seigneur, plutôt que par une charpente qui s’inscrit dans les lignes.

C’est un homme d’action qui, après avoir posé un pied solidement sur le terrain de la charia, se renouvelle constamment selon les besoins et les exigences du temps et du lieu, sans se détacher de cette source fondamentale et sans jamais entrer en conflit avec elle, bien au contraire en s’en nourrissant. Cette situation nécessite un esprit flexible qui cherche « ce qu’il faut faire et comment le faire », autrement dit un cœur vif qui s’élève de situation en situation, dont l’excitation ne s’efface pas, et un corps actif qui est dans une nouvelle lutte pour chaque moment.

Dans ce contexte interrogeons-nous pour savoir quel type d’équipement derviche est nécessaire à l’époque dans laquelle nous vivons ?

La réponse est tout simplement d’avoir un crédo solide…

À notre époque alors que les croyances chavirent et que d’innombrables opinions perverses circulent librement, il faut d’abord établir dans le cœur un solide cadre de croyance.

Afin d’atteindre cet objectif, la dimension de la connaissance des « principes de croyance d’Ahl al-Sunnah » doit être apprise de l’imitation à l’investigation. Les doutes doivent être dissipés.

Un derviche doit d’abord élever le niveau de ses connaissances dans ce domaine à un niveau qui renforcera son propre cœur, puis il doit l’élever à un niveau qui lui permettra de le transmettre aux autres cœurs.

C’est-à-dire passer de la parole à l’action…

La foi doit faire descendre les paroles jusqu’au cœur. La foi dans le cœur doit se transformer en personnalité sous forme d’actes, de comportement et de moralité.

Sans « les bonnes actions et la moralité parfaite » qui constituent la base de la déclaration « Je suis un des musulmans », la prétention de représenter l’Islam, et surtout « l’invitation à Dieu », ne resteront qu’un pieu vœu vide de sens.

Le derviche est une personne qui parle principalement dans un langage conditionné par l’état.

Le langage verbal de l’époque s’est accentué et s’est même transformé en bruit verbal. Aujourd’hui, le langage de la condition a diminué et les états sont presque réduits à des mots. Dans le monde d’aujourd’hui, où la perception visuelle s’est accrue, si des visages lumineux et des personnalités incarnées et éclairées rayonnant l’énergie de l’amour, de la sincérité et de la bienveillance dans leur comportement et leur moralité pouvaient être présentés aux yeux et aux cœurs, la plus efficace invitation à l’Islam pourrait, sans aucun doute, être réalisée.

Vivre sur place la solitude …

C’est-à-dire que le derviche de son époque doit pouvoir expérimenter sa précieuse solitude avec Dieu, c’est-à-dire « halvet », non pas dans son intimité, mais parmi les gens (celvet).

Il est bien évident qu’il est difficile de rester dans la société sans se fondre dans la communauté.

L’expression « Halvet der encümen », qui est l’un des principes de la discipline spirituelle, signifie « vivre ensemble avec Dieu en communauté ». Cette expression a parfois été reformulée de cette façon : « le bienfait est dans la main et la bénédiction dans le cœur».

La façon de rester en vie dans la société est de donner son cœur à Dieu.

À cet égard, il est nécessaire de se fixer comme objectif d’atteindre et ne jamais oublier l’état qui consiste à « garder à l’esprit que Dieu est présent à tout moment », ce qui est connu sous le nom de « Rappel permanent » dans le soufisme, et d’atteindre cet état. Sinon, il est voué à fondre.

Les authentiques pèlerins des temps modernes doivent aussi devenir compétents en la matière. Le fait de fournir ainsi un service à la société devrait être l’un de la lutte des derviches de notre époque. Si cela n’est pas possible, ils auront évité la responsabilité de répondre aux exigences de l’époque, et la responsabilité en sera grande.

Les propos suivants du défunt Sâhibu’l-vefa (fidèle, détenteur de la loyauté) Mûsa Efendi (décédé en 1999) attirent l’attention sur le changement de nature du derviche selon l’âge :

« Aujourd’hui, l’ère du « une bouchée, un cardigan »[1] est révolue. Une personne, même si elle vit seule, qu’elle a une vie familiale et une vie sociale, ne peut pas pratiquer cela. Tout le monde travaillera. Travailler pour le monde n’empêche pas la spiritualité, même si elle s’apparente au monde.

Ainsi, si l’argent est dans le coffre-fort, cela ne sera pas un obstacle mais si l’argent entre dans le cœur, alors il le deviendra. Nous travaillerons tous les deux pour le monde et développerons notre leçon spirituelle, à condition que nous servions et soyons utiles de la meilleure façon possible. Il n’y a pas de conflit entre l’un et l’autre. Certaines personnes ne peuvent ni faire ceci ni cela. Il faut absolument faire des affaires.

Si la richesse est bien utilisée, elle devient source de paix. Il y a un grand besoin dans ce domaine, surtout à notre époque. Notre État, notre nation et nos individus en ont besoin à la condition de savoir la gagner et la dépenser convenablement.

Quelle richesse peut-elle être fructueuse si elle ne suffit pas pour gagner ou accumuler des richesses et des biens, mais aussi de faire de bonnes actions conformément au consentement d’Allah Tout-Puissant. Au fur et à mesure que nous dépensons, notre Seigneur Tout-Puissant augmente ses bénédictions.

Il viendra un moment où l’homme se retirera dans l’isolement, il viendra un moment où il adorera correctement, il viendra un moment où il fera son travail. »[2]

Il travaillera avec la qualité de l’Ihsan[3] (la bienfaisance) et cela avec un esprit fort, beau et artistique.

​ Derviche désigne une personne qui agit avec la conscience d’être avec Dieu un style de vie ou qui essaie d’atteindre cet état.

À cet égard, il est conscient qu’il fonctionne sous le contrôle de Dieu. Il est naturel que le serviteur qui vit une telle harmonie avec le Créateur dans son cœur ait de la sincérité, de la fidélité, du respect, de l’affection et de la fidélité dans ses relations avec Ses créatures.

On dit que « l’homme est vaincu par le bien, il est obligé ».

Autrement dit, aimer le bienfaiteur, l’admirer, et enfin être proche de lui et même essayer de lui ressembler est une loi divine placée à l’essence de toute existence. Conscient de ce fait, le derviche de son époque devrait considérer la qualité de « ihsan » comme une obligation qui doit être respectée pour lui dans presque tous les travaux.

En fait, le Messager d’Allah r dit :

« Allah a rendu obligatoire d’agir avec bonté en toute chose. »

Construire une relation basée sur la bienveillance et l’affection…

Être en paix et échanger de l’amour avec presque tout le monde, même avec tous les êtres, à l’exception des ennemis enregistrés de Dieu, est une qualité morale importante qu’un derviche des temps modernes devrait avoir.

La jouissance de notre monde, devenu si égoïste et solitaire, ne peut être obtenue que grâce à l’énergie positive diffusée par de tels sacrifices d’amour et d’affection.

La reconstruction du style de communication, devenu sans âme, endurci et grossier, peut être réalisée avec les touches soyeuses des derviches qui ont des cœurs qui vivent en unité qualifiée avec Dieu.

Être derviche ne signifie pas couper les relations avec tout, mais construire une relation correcte avec tout.

Tout grandit et se développe avec intérêt. Les pannes et les réparations sont causées par des soins. Ce qui compte, c’est la qualité de la personnalité de la personne qui s’intéresse.

Bref, être derviche est une nécessité à tout âge. Cependant, se prétendre un derviche avec un slogan vide de sens sans épouser les exigences de l’époque, c’est vider le sens du mot, c’est-à-dire ne pas lui donner ce qui lui est dû.

À cet égard, même si être un derviche est un métier difficile, le fait même d’essayer de le devenir est précieux.


[1] Les soufis ont avancé le concept « une bouchée et un cardigan » pour la mesure des dépenses qu’une personne n’effectuera pas pour sa propre âme et qui ne sera pas du gaspillage. (Traduction partielle du site Islam & Ihsan – https://www.islamveihsan.com/bir-lokma-bir-hirka-sozunden-kasit-nedir-nasil-anlamaliyiz.html ).

[2] Voir Sâdık Dânâ, Altınoluk Sohbetleri, IV, 188-189; Sâdık Dânâ, Altınoluk Sohbetleri, III, 141-143, 145; Allah Dostunun Dünyasından Hacı Mûsâ Topbaş Efendi İle Sohbetler (Editions Erkam Yayınları) s. 95-97.

[3] Traduit ici par “la bienfaisance” mais la traductıon correcte est issue du hadith qui relate que l’Ange Gabriel u a interrogé le Messager d’Allah r pour lui demander : “Enseigne-moi à propos de l’Ihsan” et notre Prophète r a dit: “«C’est d’adorer Allah comme si tu le voyais, car si tu ne le vois pas, II te voit». Al Boukhari, La Foi; Muslim, La foi, Chap. 2. (NdT).

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