De la maîtrise du Coran

Mar 12, 2019 par

De la maîtrise du Coran

 

Osman Nûri Topbaş Efendi

 

Les versets du Coran ont été révélés progressivement durant les vingt-trois années qu’a duré la prophétie islamique. À chaque moment où la révélation se faisait jour, dans une alternance de joie et de peine, le Prophète () et ses Compagnons goûtèrent à la crainte révérencielle d’Allah (taqwa). Ces messages divins ont permis aux croyants (mu’min) de renforcer leur spiritualité, leur détermination, leur amour et leur piété. En conséquence, ils ont pu s’élever vers les plus hauts sommets.

 

Pour les fidèles Compagnons du Prophète (), toute révélation était un festin divin et convivial qui venait du ciel et dont la saveur était inextinguible. Chaque fois qu’ils entendaient qu’une révélation coranique avait eu lieu, ils couraient à ce festin divin, avec grande émotion, dans le but d’apporter une réponse claire à la question suivante : « De quelle manière peut-on acquérir la satisfaction d’Allah ? »

 

Abdullah ibn Mas’ûd raconte :

 

Toutes les fois où il rentrait chez lui le soir, l’épouse d’un certain Compagnon avait coutume de lui poser les deux questions suivantes : « Combien de versets du Coran ont été révélés aujourd’hui ? » « Combien de hadîths du Prophète as-tu mémorisé ? » (Abdulhamîd Keşk, Fî Rihâbi’t-Tafsîr, I, 26)

 

 

LES AMOUREUX DE LA RÉVÉLATION

 

 

Les Compagnons étaient tellement attachés à la révélation qu’après la disparition du Prophète (), sa cessation a été la cause de leur plus grand chagrin. L’évènement suivant en est tout à fait significatif :

 

Ummu Ayman (qu’Allah soit satisfait d’elle) était la nourrice du Prophète (). Le Prophète () lui était très fidèle, lui rendait régulièrement visite, venait aux nouvelles de son état de santé, lui donnait beaucoup de valeur.

 

Après la mort du Prophète (), Abû Bakr s’adressa à ‘Omar (qu’Allah les agrée) en ces termes :

 

« Lève-toi, allons auprès d’Ummu Ayman, qui était très proche du Prophète. Rendons-lui visite comme lui-même le faisait. »

 

Lorsqu’ils arrivèrent chez elle, elle se mit à pleurer. Ils pensèrent que c’était leur visite qui avait provoqué chez elle le souvenir ardent du Prophète ( ). Après cela, ils lui dirent :

 

« Pourquoi pleures-tu ? Ne sais-tu pas que les grâces qui sont auprès d’Allah sont bien meilleures pour le Prophète ? »

 

Ummu Ayman, répliqua :

 

« Je ne pleure pas à cause de cela. Bien sûr que je sais que les bienfaits auprès d’Allah sont bien meilleurs pour lui. En réalité, je pleure parce que la révélation s’est interrompue. »

 

Abû Bakr et ‘Omar furent très touchés par ces propos emprunts de nostalgie et se mirent à pleurer avec Ummu Ayman. (Muslim, Fadail as-Sahaba, 103)

 

L’amour qu’avaient les Compagnons pour le Coran était exceptionnel. Sa valeur, sa récitation, sa considération, toutes ces dimensions leur ont été directement inspirées du Prophète lui-même. Pour cette raison, ils en tiraient un tout autre bénéfice. Ils lisaient abondamment le Coran et ne pouvaient passer une seule journée sans l’avoir lu. Ils conseillaient même à ceux qui avaient des troubles visuels d’utiliser la version dite « Al-Mushaf Al-Sharif ».[1](En référence à la copie du Coran établie lors du califat de ‘Uthmân ibn ‘Affan. Cette copie avait été rédigée en très gros caractères. NDLR)

 

Une nuit, ‘Omar fut incapable de lire le Coran. Le lendemain, le Messager d’Allah () lui dit : « Ô fils de Khattâb ! Allah Ta’ala a révélé un verset à ton sujet :

 

« Et c’est Lui qui a assigné une alternance à la nuit et au jour pour quiconque veut y réfléchir ou montrer sa reconnaissance. » (Coran, sourate Al-Furqan, 25/62)

 

Et il rajouta ceci : « Rattrape de jour les actes d’adoration que tu n’aurais pas pu effectuer la nuit ; de même, rattrape de nuit les actes d’adoration que tu n’aurais pas pu effectuer le jour. » (Râzî, XXIV, 93, Al-Furqan, Tafsir, 62)

 

 

LE CORAN EST SAINT ET TRAITE D’EXCELLENCE

 

 

Un jour, ‘Omar rencontra Nafi IbnAbdul Harith dans la ville d’Usfan et lui dit :

« Qui as-tu laissé à la tête des Mecquois (à ta place) ? »

Nafi IbnAbdul Harith répondit :

« Ibn Abza. »

‘Omar demanda :

« Qui est Ibn Abza ? »

Nafi IbnAbdul Harith répondit :

« C’est un esclave affranchi. »

Face à la question de ‘Omar : « Tu as laissé à ta place un homme affranchi ? »

Nafi IbnAbdul Harith répondit :

« Il récite le Coran (il le vit et l’applique) et connait très bien ses obligations. »

Sur ces dires, ‘Omar, profondément ému, déclara :

Le Messager d’Allah () a dit : « Allah augmente la valeur de certains à travers ce Coran et en abaisse d’autres ! » (Muslim, Musâfirîn, 269)

 

Le bonheur du croyant et de la société augmente grâce à la familiarisation du Coran et de sa pratique dans la vie quotidienne. Le Coran est une lumière qui apporte la sérénité dans la vie intérieure et extérieure du croyant. Sa sagesse, sa moralité et les différents enseignements que l’on en tire constituent des conseils très édifiants. Il est le guide qui mène à la justice. Les versets coraniques sont un ensemble de miracles qui éclaircissent les ténèbres du passé, qui apportent des solutions et qui font vivre, à l’instar du printemps, le bonheur et la sérénité ici-bas et dans l’au-delà.

 

De même, en évoquant des exemples relatifs aux siècles précédents et aux peuples du passé, le Coran recouvre de sagesse et fournit des leçons pour la vie sociale et personnelle.

 

Le Coran montre le chemin du salut aux esprits étouffés dans la vie de ce monde et prescrit des ordonnances aux désespérés : c’est une véritable pharmacie divine emplie de sagesse.

 

De même, le Coran est une Parole miraculeuse de notre Seigneur. Il est l’expression de l’ensemble des paroles des différentes transfigurations qui sont dans l’univers. Cependant, jouir de sa lumière et bénéficier de ses vérités sont des privilèges qui ne sont accordés qu’aux  croyants dont les cœurs sont purs et doués de sensibilité et de connaissance spirituelle.

 

Quiconque dont le cœur est éclairé par le Coran est une personne estimée aux yeux d’Allah.  Le Prophète () avait recours au Coran dans chaque situation, lui accordait la priorité et la supériorité. Ainsi, par exemple, au moment de partir pour l’expédition de Tabūk, il remit l’étendard tenu par les fils de Nejjâr à ‘Umâra ibn Hazm. Mais lorsqu’il aperçut Zayd ibn Thâbit, il reprit l’étendard et le remit à ce dernier. ‘Umâra demanda :

« Yâ Rasûlâllah ! Es-tu fâché contre moi ? (Ai-je commis quelque faute pour que je me voie retirer l’étendard ?) demanda t-il.

Notre Prophète () répondit :

« Non, par Allah, je ne suis pas fâché (contre toi) ! Mais toi aussi tu as aussi choisi le Coran ! (En revanche), Zayd l’a beaucoup plus mémorisé que toi (il s’est beaucoup plus familiarisé avec le Coran que toi). Favorisez toujours celui qui a le plus appris le Coran, même si c’est un esclave.»[2]

 

‘Uthmân ibn Abî Al-Âs raconte :

 

« Nous étions parvenus auprès de notre Prophète en qualité d’émissaires de notre clan. Parmi tous mes amis, j’étais le plus obstiné en matière d’apprentissage du Coran. J’ai même assuré ma prédominance en apprenant la sourate Al-Baqara. C’est pourquoi le Messager d’Allah s’adressa à moi en ces termes :

« Bien que tu sois le plus jeune, je t’ai nommé (chef) à la tête de tes camarades. Prends bien garde de ne pas toucher le Coran sans t’être préalablement purifié. » (Haysamî, I, 277)

 

À Uhud, des  Auxiliaires (Ansârs) demandèrent au Prophète () :

 

« Ô Messager d’Allah ! Nos martyrs sont si nombreux. Que nous ordonnes-tu de faire ? »

Le Prophète () donna alors l’ordre de creuser des fosses profondes et larges afin d’y ensevelir deux à trois corps (par fosse). Lorsque les Compagnons lui demandèrent qui devaient être les martyrs qu’il fallait ensevelir en premier, il leur répondit :

 

« Placez préalablement ceux qui connaissent le mieux le Coran ! » (Nasâî ; Janâiz, 86, 87, 90, 91)

 

On peut aisément multiplier les exemples où le Prophète () s’applique à donner de l’importance à la compréhension et à la maîtrise du Coran. En tant que membres de la communauté de Muhammad, nous avons le devoir de considérer le Coran comme sacré, de le placer en évidence sur les chaires, de le porter au-dessus du nombril (par respect), de considérer comme saints ceux qui connaissent le Coran par cœur (c’est-à-dire les véritables hafiz) et ceux qui le portent au fond de leur cœur. Ceux-ci sont à l’origine de la miséricorde d’Allah dans les deux mondes.

 

 

LES RAPPROCHÉS D’ALLAH : LES GENS DU CORAN (AHL AL-QUR’AN)

 

 

Le Messager d’Allah () dit un jour :

« Il y a certes parmi les humains des rapprochés d’Allah ! »

« Et qui sont-ils, ô Messager d’Allah ? » demandèrent les Compagnons.

« Ce sont les gens du Coran, les gens d’Allah ainsi que les serviteurs purifiés d’Allah ! » (Ibn Mâja, Muqaddima, 16)

 

Il n’y a certes pas de plus grand honneur ni de plus grande richesse que de se rapprocher d’Allah, le Créateur de l’univers. Afin de pouvoir bénéficier de cet honneur, il faut faire partie des gens du Coran (Ahl al-Qur’an). C’est-à-dire qu’il s’agit de savoir le réciter correctement, de percer son sens spirituel, de le méditer, de le vivre profondément en tirant les leçons nécessaires et de marcher dans la voie qui y est indiquée. Les croyants qui pourront atteindre ce degré de perfection recevront sans nul doute de la part du Seigneur des grâces et des bienfaits exceptionnels.

 

Ainsi, notre cher et bien-aimé d’Allah Mahmud Sâmi Ramazanoğlu (qu’Allah bénisse son secret) mourut à Adana (Turquie) en ayant eu atteint le rang de hafiz. Trente ans plus tard, afin de pouvoir construire une route au-dessus de l’endroit où il fut enterré, on dut déplacer sa tombe. Alors, on constata que son corps était resté intact (non putréfié) et que son linceul était encore étincelant.

 

Ainsi, comme l’exprime si bien un hadîth, le Seigneur garantie que le corps des maîtres du Coran ne connaîtront point de dégradation sur terre.[3]

 

Tout comme les prescriptions divines offrent à ceux qui les suivent un tout autre charme, une élégance, une délicatesse, une beauté et une lumière à la langue et dans les cœurs, elles octroient une sérénité et le bonheur dans la tombe, le jour de la Résurrection et sur la Balance.

 

Muhyiddîn ibn Arabî donne le conseil suivant :

 

« Il te faut beaucoup lire le Coran et méditer sur son contenu. Lors de ta lecture, sois attentif aux belles qualités qu’Allah a octroyées aux serviteurs qu’Il aime et imprègnes en toi ! Charge-toi également de ces belles qualités ! Ne perds pas de vue aussi les caractères méprisés dans le Coran, qui attirent la colère d’Allah, et retiens-toi de ceux-là. Car Allah a évoqué cela dans Son Livre afin que tu en tires des leçons et que tu puisses les pratiquer en faisant le nécessaire (qui t’incombe). C’est pourquoi, pour comprendre le contenu du Coran, sois avec le Coran ! »

 

En d’autres termes, si nous désirons un tant soit peu percevoir l’abondance et la richesse du Coran, notre cœur ne doit en aucun cas être étourdi lors de sa récitation. En réalité, le Coran se lit avec le cœur. L’œil peut être considéré comme la lunette du cœur. Certes tous les croyants lisent le Coran sur le même pupitre, mais chacun en tire des bénéfices selon l’état de son propre cœur.

 

Au sujet du Saint Coran, le Seigneur compare les distraits à ceux qui profitent pleinement de Sa lumière de la manière suivante :

 

« Ensuite, Nous fîmes héritiers du Livre ceux qui de Nos serviteurs que Nous avons choisis. Il en est parmi eux qui font du tort à eux-mêmes, d’autres qui se tiennent sur une voie moyenne, et d’autres avec la permission d’Allah devancent [tous les autres] par les bonnes actions ; telle est la grâce infinie. » (Coran, sourate Fâtir, 35/32)

 

En d’autres termes, certaines personnes, bien que récitant le Coran, voient leur récitation s’arrêter au niveau de leur gorge et ne pas descendre plus profondément ; leurs cœurs n’ont point d’écho et cela ne se répercute pas dans leurs œuvres. De cette manière, elles persécutent leur moi profond mais gaspillent la plus belle grâce. D’autres sont à mi-chemin, tantôt elles pratiquent et tantôt elles usent de négligence. Enfin, d’autres bénéficient des stations (spirituelles) élevées en grande partie grâce à la spiritualité émanent du Coran et du bonheur que procure sa récitation.

 

Afin d’être dignement heureux grâce au Coran, il faut tout autant purifier le cœur que le corps. Dans le cas contraire, les maladies (spirituelles) du cœur empêcheront que se produise la rencontre de l’homme avec le Coran. C’est pour cette raison que ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) a dit :

 

« Si les cœurs étaient (suffisamment) purifiés des souillures spirituelles (des désastres de l’ego et des maladies du cœur), jamais ils ne se rassasieront du plaisir que procure le Coran. »

 

Mawlana Djalâl ud-Dîn Rumî, un rapproché d’Allah, a dit quant à lui :

 

« Le sens du Coran n’est compris que par ceux qui ont été consumés après avoir jeté leur ego au feu. Ainsi donc, ayant atteint le (sens) du Coran, ils ont sacrifié leurs âmes. »

 

Autrement dit, le Coran s’avère révélateur de mystères et porte un soin particulier à les faire immerger avec clarté. C’est pour cette raison que l’on doit s’orienter vers le Coran avec élégance et piété (taqwa : crainte révérencielle d’Allah), car le Seigneur dit : « (…) qu’il craigne Allah son Seigneur et se garde d’en rien diminuer (…) » (Coran, sourate Al-Baqara, 2/ 282)

 

Il ne faut pas oublier que le Coran n’est pas une œuvre humaine, mais le guide du Seigneur de l’univers montrant à Ses serviteurs le chemin du bonheur dans ce monde et dans l’au-delà. Ainsi, afin de pouvoir profiter dignement du Coran, il est nécessaire de l’ouvrir avec un grand sentiment de respect et d’honneur, comme le Tout Miséricordieux nous a enseigné, et de le lire avec beaucoup d’enthousiasme et un désir ardent, comme s’il venait à peine d’être révélé.

 

 

COMME SI L’ON PARLAIT AVEC ALLAH

 

 

Le Coran est la voie la plus profitable pour saisir la voix du Très-Haut, pour ressentir le souffle divin dans son cœur et pour entrer directement en contact avec lui dans le monde d’ici-bas. Lire le Coran avec l’attitude et la récitation requises, suivies de pertinentes réflexions portant sur son sens[4], revient à parler avec Allah Lui-même. Notre Prophète dit à ce propos :

 

« Si l’un de vous aime s’entretenir avec Allah en L’implorant, qu’il récite le Coran avec un cœur paisible. » (Suyûtî, I, 13/360)

 

Afin de pouvoir profiter dignement du Coran, il est nécessaire de lui ouvrir son cœur. Faute de quoi, à l’exemple des pluies d’avril qui n’ont aucune utilité lorsqu’elles se répandent sur les rochers, les cœurs dont la porte des profits est fermée ne bénéficieront d’aucun avantage (du Coran). Peut-être même que le Coran accroîtra à ceux-là davantage le chagrin et la révolte, car ceux qui ne peuvent parvenir au salut et à la bénédiction du Coran tombent à contrario dans une grande affliction. D’ailleurs, Qatâda, un des plus fameux commentateurs du Coran, dit :

 

« Les lecteurs du Coran se relèvent soit en ayant acquis un gain ou soit en ayant subi une perte, comme le stipule le verset coranique suivant : « Nous faisons descendre du Coran, ce qui est une guérison et une miséricorde pour les croyants. Cependant, cela ne fait qu’accroître la perdition des injustes. » (Coran, sourate Al-Isra, 17/82) »

 

C’est pour cette raison que lorsque le Coran est récité, nul ne doit se comporter en aveugle ou en sourd à son endroit. L’état des bien-aimés d’Allah qui discernent l’esprit du Coran est exprimé de la manière suivante dans le verset coranique subséquent :

 

« Les vrais croyants sont ceux dont les cœurs frémissent quand on mentionne Allah. Et quand Ses versets leur sont récités, cela fait augmenter leur foi. Et ils placent leur confiance en leur Seigneur. » (Coran, sourate Al-Anfâl, 8/2)

 

C’est un devoir pour tout croyant de vivre selon l’intégrité (ou la direction) du Coran. Dans le cas contraire, le Jour du Jugement dernier, au moment même où chacun d’entre nous désirera l’intercession du Prophète (), ce sera le Coran qui témoignera contre nous (ou se plaindra de nous). Ce Jour-là, par conséquent, le Prophète () se plaindra auprès de son Seigneur de ceux qui auront mené une existence opposée à celle définie par le Coran, comme cela est confirmé dans le verset coranique suivant :

 

Et le Messager dit : « Seigneur, mon peuple a vraiment pris ce Coran pour une chose délaissée ! » (Coran, sourate Al-Furqan, 25/30)

 

Afin d’éviter à cet égard l’inimitié du Prophète (), et dans la même veine, il est indispensable de faire des efforts et de lire (ou réciter) amplement le Coran avec déférence, d’en comprendre sa signification profonde et de l’appliquer en usant de sensibilité et de compassion, à l’instar de ce qu’avait exprimé l’Imam Ghazalî : «  La langue doit réciter ; la raison, aidée de l’intuition doit traduire et réfléchir ; quant au cœur, il doit tirer des leçons en digérant. » (Voir Ihyâ, I, 816)

 

Le Prophète (), soucieux de l’intérêt qu’allait porter sa communauté au Saint Coran, de la manière dont elle allait le vivre, et conscient du fait qu’il devra en rendre compte, s’occupait surtout des « Compagnons de la Cour » (ashâb-i suffa), compagnons qui étaient les plus impliqués dans l’apprentissage du Coran. Même durant les périodes de famine et de pénurie, il leur enseignait le Coran, des pierres attachées sur son abdomen.

Abdullah ibn Mas`ûd fut l’un d’entre eux. Il reçut son éducation directement des enseignements du Prophète (). Ainsi s’exprima t-il :

 

« Le Messager d’Allah nous a tellement fait écho de ces états que nous entendions le dhikr des bouchées qui passaient par notre gorge. » (Bukhârî, Manaqib, 25)

 

La génération issue des Compagnons et qui avait adopté du Prophète () sa pratique des principes du Coran ont contribué à remplir Médine de savants experts en la matière.

 

 

NOTRE RESPONSABILITÉ VIS-À-VIS DU CORAN

 

 

Le Coran est le dernier de quatre livres saints dont Allah est la source. Il représente le dernier rappel et les derniers messages destinés par le Seigneur à l’humanité dont Il est Lui-même le Pourvoyeur. Parmi tous ces livres divins, seul le Coran sera conservé jusqu’au Jour du Jugement Dernier. C’est la raison pour laquelle le Coran constitue le seul livre divin qui n’a subi aucune altération depuis son origine, pas même l’une de ses lettres n’a été dénaturée.

Ainsi, la véritable question que nous devons nous poser est la suivante : de quelle manière allons-nous participer à l’engagement du Seigneur ? Il nous faut donc nous remettre en question :

Quel est notre degré de complicité avec le Coran ? Quelle est la profondeur de nos émotions quand nous le récitons ? Avons-nous la capacité de ressentir les mêmes émotions que partageaient le Prophète () et ses Compagnons à l’égard du Coran ?

 

Pouvons-nous transférer son message au cœur même de chaque période de notre existence ? Dans toutes nos situations, quelles soient familiales, commerciales ou sociales, utilisons-nous le Coran en matière de référence ? Jusqu’à quel point nous sentons-nous responsables de l’afflux du temps et de la société ?

 

Apportons-nous à nos enfants l’instruction fondamentale qui est la connaissance d’Allah ? Quels sont les efforts que nous déployons pour transmettre le Coran aux cœurs,  pour diriger les égarés vers cette voie ?

 

N’oublions pas que le bonheur dans les deux mondes n’est possible qu’en instruisant nos enfants à la culture coranique, car eux-mêmes sont un dépôt précieux qu’Allah nous a confié. Les parents qui usent le plus de miséricorde sont ceux qui préparent l’avenir de leurs enfants en les instruisant sur les préceptes du Coran. Le plus beau cadeau qu’un homme puisse offrir à sa descendance est une belle éducation.

 

Les parents qui ne permettent pas à leurs enfants de goûter l’immense richesse spirituelle du Coran parce qu’eux-mêmes n’y ont pas goûté, ont une grande responsabilité. Car les enfants à qui les parents ont fait ignorer la nourriture de l’âme, qui n’ont pas pu profiter de l’éducation spirituelle du Coran et de la tradition prophétique, vont se plaindre de leurs parents le Jour du Jugement Dernier. Ibn ‘Omar a dit :

 

« Donne une bonne éducation à ton enfant. Car tu es responsable de cela. Qu’as-tu fait de son éducation ? Que lui as-tu appris ? Quand on l’interrogera à ce sujet, attends-toi à rendre des comptes. »

 

Il est également dit dans un hadîth :

 

« Eduquez vos enfants selon trois principes : l’amour du Prophète, de sa descendance (Ahl al-Bayt) et la lecture du Saint Coran. Parce que les porteurs du Coran (ceux qui l’apprennent, qui l’enseignent et qui œuvrent sur son chemin) seront le Jour de la Résurrection sous l’ombre du Trône[5] en compagnie du Prophète () et des bien-aimés d’Allah ; Jour particulier où il n’y aura aucune autre ombre (disponible). » (Munâvî, Feyzu’l-Kadîr, I, 226)

 

Par conséquent, offrir une bonne éducation coranique aux enfants est l’une des plus grandes responsabilités qui incombent aux croyants. À ce sujet, Abû Ja’far Mansûr, le deuxième calife abbasside, posa la question suivante aux Omeyyades (la 1ère dynastie musulmane) qui avaient été emprisonnés durant les agitations politiques qui secouèrent la région à cette époque :

 

« Quelle est la chose qui vous a été le plus difficile durant votre séjour en prison ? »

 

« Nous avons été privés de l’éducation de nos enfants » lui répondirent-ils.[6]

 

Par conséquent, nous ne devons pas oublier que nous devons donner à nos enfants une éducation basée sur l’amour et la spiritualité du Coran tant que nous en sommes capables, au risque de le regretter demain, sans notre tombe, à travers un lourd repentir. C’est pourquoi nous devons absolument avoir de bons rapports avec nos enfants, greffer dans leur cœur l’amour d’Allah et de Son Messager () ainsi que tout ce qui a trait au Coran et à la Sunna. Afin que les enfants puissent se familiariser avec la beauté issue de cette spiritualité, il faut les encourager en leur offrant toutes sortes de cadeaux et de compliments.

 

Le sage Imam Mâlik raconte :

 

« Mon père m’offrait un cadeau à chaque fois que je parvenais à mémoriser un hadîth. Un temps était venu où je tirai personnellement du plaisir à mémoriser des hadîths même s’il ne me récompensait pas. »

 

On dit aussi que l’Imam Abû Hanifa avait offert cinq cents dirhams à l’enseignant qui avait enseigné la sourate al-Fâtiha à son fils Hammâd. À cette époque, on pouvait avoir un bélier pour un dirham. Pour l’enseignant, cette somme lui sembla exagérée parce que l’enfant n’avait appris que la seule sourate al-Fâtiha. Le sage Abû Hanifa lui avait rétorqué alors :

 

« Ne considère pas petite et insignifiante la sourate que tu as apprise à mon fils ! Si j’avais pu t’en offrir davantage, je l’aurai fait pour qu’il puisse encore plus honorer le Coran avec justesse. »[7]

 

Le grand Salâhaddin alAyyûbi (Saladin) se retrouva un jour face à un enfant qui récitait le Coran devant son père. Ravi de la récitation qu’avait faite l’enfant, il lui offrit une part de nourriture qu’il disposait. En outre, il dévoua ensuite une partie de son propre champ au nom de l’enfant et de son père.[8]

 

Tous ces récits devraient être une source d’inspiration pour tout parent désireux d’apporter une éducation fondée sur la saveur et la spiritualité du Coran.

La période estivale devrait être également propice à leur apporter cette éducation adéquate. On ne doit pas seulement envoyer nos enfants dans les écoles coraniques ou les mosquées, en tant que parents nous devrions veiller avec soin sur leur situation. Nous sommes tenus de contrôler régulièrement leur niveau de culture coranique en matière de foi et de jurisprudence islamique (fiqh) et de les encourager permanemment à préserver le sens de nos enseignements culturels.

 

Quelle joie pour ces parents d’accéder ainsi à l’intercession du Coran et du Prophète () en éduquant de la sorte leurs enfants, une éducation fondée sur la saveur et la spiritualité du Coran !

 

Ô Allah ! Préserve nos cœurs de ceux éloignés du Coran, et ainsi déprimés et ruinés par le port de lourds fardeaux. Compte-nous parmi Tes esclaves prospères ayant trouvé la guérison, le salut et Ta miséricorde à travers le Coran, la sérénité dans l’union avec Toi.

 

Âmîn !

 

 

 

[1] Haysamî, VII, 165.

[2] Vâkidî, Meğâzî, Beyrouth 1989, III, 1003.

[3] Daylamî, I, 284/1112 ; Ali al-Muttaqî, I, 555/2488.

[4] L’auteur utilise ici le terme arabe « adab » qui a un sens très large. Il désigne à la fois la culture dans un sens très large, l’acquisition d’une éducation littéraire, le sens de la langue, du mot approprié, mais aussi la politesse, la courtoisie et les bonnes manières en matière de relations humaines. (NDLR)

[5] Nous avons utilisé le vocable Trône pour traduire le terme turc ottoman Arş, bien que celui-ci peut désigner aussi les hautes sphères célestes. (NDLR)

[6] Ibrahim Canan, Kütüb-i Sitte, I, 381.

[7] Abû Gudda, Fethu Bâbi’l-İnâye, s. 19 ; Muhammed Nûr Suwayd, l’éducation de l’enfant selon la Sunna de notre Prophète, s. 119-120.

[8] Bundârî, Abû’l-Feth Ali, en-Nevâdiru’s-Sultâniye (Sîretü Salâhuddîn), s. 9 ; Muhammed Nûr Suwayd, a.g.e, s. 120.

 

 

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