Introduction a la civilisation musulmane (IV)

Mar 12, 2019 par

Pr. Mustayeen Ahmed Khan

Xème siècle : seconde moitié

 

 

957-969.  L’armée byzantine entre au nord de la Syrie et s’empare d’Alep et d’Antioche ; elle prend également mes iles de Crète et de Chypre.

 

  1. Une tribu turque d’origine slave, dirigée par Alp-tigin (m. 963) fait scission des Samanides et envahit le royaume afghan de Ghazna. Alp-tigin est le premier de la dynastie des Ghaznavides, du nom de la capitale de son gouvernement, Ghazna.

 

  1. Conquête de l’Égypte par les dirigeants Fatimides de Tunisie.

 

972-1167.  Règne de la Dynastie Ziride en Ifrîqiya.

 

  1. Fondation de la ville d’Al-Qâhira (Le Caire) par le souverain fatimide Al-Mu’iz (m. 975). L’ancienne cité de Fustât date de 643.

 

998-1030.  Règne du Sultân Mahmûd Ghaznavide (m.1030) en Afghanistan, dans le Khurâsân et le Nord de l’Inde.

 

 

Les Acteurs

 

 

Théologie et jurisprudence

 

  • Le théologien, traditionniste et historien Muhammad Ibn ‘Alî Ibn Babuyah, aussi connu sous le nom de Ibn Babawayh, (m.991). Son Kitâb al-Faqîh (Livre du Juriste) est devenu un des quatre grands recueils shiites de traditions et sa Risâla (Épitre) fait autorité sur les croyances des shiites duodécimains (Imâmiya).

 

  • Le philosophe et théologien Abû Bakr Muhammad Ibn Al-Bâqilanî (m. 1013). Selon Qâdî Iyâd, historien et théologien du XIIème siècle, il a rédigé 52 livres et articles, dont les plus fameux sont I’jâz al-Qur’ân (L’inimitabilité du Coran) et Kitâb at-Tamhîd (Le Livre Initial). Qâdî (juge) réputé, il représenta la délégation musulmane en 982 chez Basile II, empereur de Byzance (m.1025).

 

 

Science et technologie

 

  • L’arithméticien et astrologue Abû As-Saqar ‘Abd Al-‘Azîz Ibn ‘Uthmân Al-Qâbisî, latinisé en Alcabitius (m.967), disciple de ‘Alî Al-‘Imrânî. Il est l’auteur de deux ouvrages célèbres : « Sur la Conjonction des Planètes » et « Introduction à l’Art de l’Astrologie », qui ont été traduits et largement diffusés en Europe dès l’apparition de l’imprimerie.

 

  • Le mathématicien Abû Ja’far Al-Khâzinî du Khurâsân (m. 971), qui s’est spécialisé dans l’algèbre et la géométrie. Il a résolu le fameux problème de l’équation cubique d’Al-Mahânî grâce aux sections coniques.

 

  • Abû Al-Hasan Ahmad Ibn Ibrâhîm Al-Uqlîdîsî (L’Euclidien) (m. 980), qui était un si grand mathématicien qu’on lui donna le surnom du célèbre mathématicien grec Euclide. Il a écrit d’importants traités sur les fractions décimales dont le plus connu est Kitâb al-Fusul fi al-Hisâb al-Hindî (Livre de l’Arithmétique Indienne). À une certaine époque, on croyait que les fractions décimales avaient été introduites pour la première fois par le mathématicien belge Simon Stevin (m. 1620). Ensuite, une recherche approfondie a démontré l’extrême importance des travaux d’Al-Kâshî (m. 1429) dans ce domaine. Aujourd’hui, on reconnaît que c’est l’?uvre d’Al-Uqlîdîsî rédigée à Damas vers 952, qui prime sur tous ces travaux. C’est donc lui qui a introduit le concept des fractions décimales.

 

  • Abû Al-Wafa’ Al-Buzajânî de Buzjân en Perse (m. 997/8)¸ qui est considéré comme l’un des plus grands mathématiciens musulmans. Il a écrit plusieurs commentaires sur les travaux d’Al-Khwârizmî, de Diophante et d’Euclide. Sa contribution majeure reste cependant ses recherches en trigonométrie : il a inventé les fonctions sécantes et cosécantes, prouvé la généralité du théorème du sinus pour les triangles sphériques et déterminé une nouvelle méthode pour calculer les tables de sinus. Il a considérablement amélioré les méthodes de calcul des triangles sphériques par l’emploi de la tangente et de la règle des quatre segments relative au triangle, en remplacement de celle des six segments relative au quadrilatère, donnée par Menelaüs. Son ?uvre la plus connue est Kitâb al-Handasa (Traité de Géométrie).

 

 

  • Le mathématicien Abû Sahl Ibn Rustâm Kûhî (m. 998) du Tabaristân, qui a travaillé sur les problèmes géométriques posés par Archimède et Apollonios de Perga.

 

  • Le mathématicien et astronome Abû Al-Fatâh d’Ispahan qui a revu et amélioré la traduction arabe des travaux d’Apollonios de Perga.

 

  • Le mathématicien Abû ‘Abdullâh Ibn Ahmad Muhammad Al-Khuwârizmî, décédé en 977 ; à ne pas confondre avec Muhammad Ibn Mûsâ Al-Khwârizmî, décédé en 845.

 

  • Le mathématicien Abû Mahmûd Hamîd Ibn Al-Khidr Al-Khujandî (m. 1000) de la région du Syr-Daria (Iaxarte). Il a donné son théorème du sinus pour les triangles sphériques et a prouvé que la somme de deux cubes ne peut être égale à un cube[1]. Cependant, l’affirmation qu’il n’y a pas de solutions rationnelles à a³ + b³ = c³ est maintenant comme un cas spécifique du dernier théorème de Fermat, d’après le nom du mathématicien français du XVIIème siècle, Pierre de Fermat.

 

  • Le mathématicien Abû Ja’far Muhammad Ibn Al-Husayn qui a suivi les traces d’Al-Khujandî. Il a laissé des travaux importants dans le domaine que les Arabes appelaient Al-Handasa ath-Thâbit (La Géométrie « Immobile »).

 

  • Le mathématicien Sinân Ibn Al-Fatâh.

 

  • Le mathématicien et astronome Abû Al-Husayn Râzî, auteur de Kitâb al-Kawâkib (Le Livre des Étoiles), dans lequel il identifie de nouvelles étoiles non mentionnées par Ptolémée. Il est décédé en 986 et ne doit pas être confondu avec Muhammad Ibn Zakariyyâ Ar-Râzî (Rhazès), le fameux médecin mort en 925.

 

  • L’astronome et mathématicien ‘Abd Ar-Rahmân Çûfî de Perse, latinisé en Azophi (m. 986). Il a établi en 964 un catalogue, Kitâb al-Kawâkib ath-Thâbit al-Musawwar (Le Livre des Étoiles Fixes), contenant la première observation de la galaxie d’Andromède, qui ne fut redécouverte qu’en 1612 par l’astronome allemand Simon Marius, peu de temps après l’invention du télescope[2].

 

  • Le mathématicien et ingénieur mécanicien Abû ‘Abd Allâh Muhammad Ibn Mu’âdh Al-Jayyanî (m. 980). Né à Cordoue, il est connu pour ses travaux sur les proportions. Ingénieur spécialiste en hydraulique, il a écrit un important traité sur les horloges hydrauliques. C’est probablement le même personnage que le fameux théologien et grammairien de Cordoue connu sous le même nom.

 

  • Le médecin et historien andalou Ibn Juljul (m. 995), médecin du calife Hishâm II. Il est l’auteur de « l’Histoire des Médecins Andalous » et d’un commentaire sur le Materia Medica de Dioscoride.

 

  • Le médecin Abû Mançür Muwaffaq de Herat en Afghanistan. Il est l’auteur d’un traité médical en persan, Kitâb al-Abniya ‘an Haqâ’iq al-Adwiya (Traité sur les Remèdes). Ce livre, connu en Occident sous le nom de Codex Vindobonensis, décrit 585 remèdes différents. Il est de grande importance.

 

  • Le médecin ‘Alî Ibn ‘Abbâs, natif du sud de la Perse, dont le nom fut latinisé en Haly Abbas (m. 994). Son ouvrage principal, Kitâb al-Malakî (Liber Regius, Le Livre Royal et l’Art de la Médecine), à la fois pratique et théorique, souligne les erreurs et les idées fausses des travaux d’Hippocrate et de Galien. Dans un autre livre, « Traité sur la Médecine » paru en 970, il mentionne pour la première fois l’existence des capillaires en plus des artères et affirme que la rougeole est contagieuse.

 

  • Les médecins Abû Mançûr Al-Qumrî, un des maîtres d’Ibn Sînâ ; et Abû ‘Abd Allâh Al-Muqaddasî, originaire d’Al-Quds ; il exerçait en Égypte vers 990.

 

  • Le médecin ‘Arîb Ibn Sa’ad al-Qurtubî (m. 976) de Cordoue, auteur d’un livre sur l’obstétrique et la pédiatrie.

 

  • Abû Al-Qâsim Khalaf Ibn ‘Abbâs Az-Zahrawî, latinisé en Abulcassis ou Albucasis. Né à Madînat az-Zahra, près de Cordoue en 936, il est décédé en 1013. C’était un grand médecin et le plus grand chirurgien du monde musulman. Il est l’auteur du Kitâb at-Taçrif (Le Livre des Méthodes) qu’il a écrit après avoir exercé la médecine pendant cinquante ans. Ce livre comprend trois parties : la première concerne la cautérisation ; la seconde détaille les opérations nécessitant l’utilisation d’un scalpel, parle de chirurgie dentaire et oculaire ; d’obstétrique, des hernies et des extractions de cailloux ; et la troisième partie concerne les fractures et luxations. Il a imaginé et inventé beaucoup d’instruments chirurgicaux dont les dessins se trouvent dans son livre. La première traduction latine date de 1497, avec une dernière édition européenne en 1816. La base de la chirurgie occidentale moderne se trouve dans son livre, qui est resté le principal programme d’enseignement des instituts médicaux européens jusqu’au XVIIIème siècle inclus. Le grand physiologiste suisse du XVIIIème siècle, Albrecht Von Haller a déclaré à son sujet : « Son travail fut une véritable source pour tous les chirurgiens postérieurs au XIVème siècle ». Il est le premier médecin à utiliser du catgut pour les sutures abdominales, et près de huit siècles avant le chirurgien anglais Percivall Pott, il a expliqué et traité l’ostéo-arthrite, la tuberculose de la moelle épinière. Sa pratique de la trachéotomie est précoce et c’est lui qui a décrit la lithotritie, opération consistant à pulvériser les cailloux se trouvant dans la vessie et à en extraire les fragments par l’urètre, ce qui est considéré à tort comme une invention du XIXème siècle ; enfin il est le premier médecin à expliquer l’hémophilie, comme le prouve le Liber Theoricae (Le Livre de la Théorie), version latine de la partie médicale de son ouvrage At-Taçrîf, imprimé en 1519.

 

  • Les géographes Ibn Hawqal de Baghdâd (M. 977, sa mappemonde représentait la terre en cercle !), Al-Istakhrî de Persépolis, Buzurg Ibnj Shâhryar du Khuzistân (m. 953), et Al-Muqadasî, connu également sous le nom d’Al-Maqdisî, de Palestine (m. 990).

 

Lettres et culture

 

  • L’historien Ya’qûb Ibn Nadîm (M. 995) qui a écrit vers 987, Kitâb al-Fihrist al-‘Ulûm (Répertoire des Sciences) dans lequel il donne une importante bibliographie de tous les scientifiques et savants jusqu’à son époque. Ce répertoire contient également, selon l’auteur, « une liste des livres de toutes les nations arabes et étrangères, qui existent en langue et écriture arabe, dans toutes les branches du savoir. »

 

  • Le linguiste et grammairien Abû Al-Fadl Al-Hamadânî (m. 1007/8), surnommé Badî ‘Az-Zamân (Merveille du Monde) et réputé pour sa mémoire légendaire. Il a créé un nouveau style dans la littérature arabe, le maqâma (station). Les ?uvres en maqâma sont écrites dans une combinaison de prose, de prose rimée (saj) et de poésie.

 

  • Le fameux poète arabe Abû Tayyib Ahmad Ibn Husayn Al-Mutanabbî (m. 965).

 

  • Le prince et poète arabe Abû Firâs Al-Hamdanî (m. 968), auteur de Rumiyat (Poème de l’Exil).

 

  • Le poète Ibn Hânî (m. 973) de Séville, surnommé Al-Mutanabbî de l’Ouest. Il a écrit les éloges du Calife Fatimide Al-Mu’iz.

 

Divers

 

  • Fondation de Dâr al-Hikma (La Maison de la Sagesse) au Caire, en 972. Ce centre de connaissances était basé sur le modèle de Bayt al-Hikma de Baghdâd, créée en 832.

 

  • En 972, fondation de la Mosquée d’Al-Azhâr (La Très Splendide, Très Fleurie) et de Jami’a al-Azhâr (L’Université d’Al-Azhâr) à Fustât (Caire). C’est la première mosquée importante construite par les Fatimides après leur conquête de Fustât.

 

  • Sous le Califat de Cordoue, la propagation des sciences et des technologies atteint son plus haut niveau ; la ville elle-même devient un grand centre de connaissances. Tout cela résulte de l’?uvre du Calife Hakam II, fondateur d’une bibliothèque immensément riche. On dit qu’elle contenait 400 000 volumes ![3]

 

  • Ikhwân aç-Çafâ’ (La Fraternité de la Pureté), une association secrète sur le mysticisme et la philosophie. Dans leurs correspondances, les membres de ce groupe ont classé le savoir en quatre catégories : 1) Mathématiques, 2) Physique, 3) Sciences Rationnelles et 4) Lois Divines.

[1]           Cf. Ifrah et Britannica.

[2]           Cf. Britannica.

[3]           Cf. Pareja.

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