L’islam et le musulman selon le Coran

Mar 13, 2019 par

Prof. Dr Hasan Kâmil Yılmaz

L’islam est la religion d’Allah et le musulman est celui qui croit en cette religion. Dans le Coran, le terme utilisé pour « musulman » est « muslim ». Ainsi, le terme francophone s’est accordé à la prononciation du persan « müselman ».

À partir du moment où les mots émanent du Coran, il est nécessaire de porter un regard critique pour savoir comment ces mots sont parvenus à donner une image (de l’islam) dans le Coran. Afin de nous permettre d’appréhender le sujet sous un angle beaucoup plus élargi, il paraît nécessaire d’analyser la définition donnée de l’islam et du musulman par le Coran, à la lumière de ses versets et de leur classification en chapitres.

Certes la religion c’est l’islam et l’islam c’est la religion. Allah fait savoir dans le Coran que la seule religion qui a de la valeur auprès de Lui est l’islam, à travers des paroles et des expressions étonnantes présentes dans différents versets.

Le premier de ces versets est « Certes, la religion acceptée d’Allah, c’est l’Islam. » (al-Imran, 3/19). Le mot « religion » exprime les règles relatives à l’obéissance et à la punition, à la Loi islamique (charia) et aux individus, règles auxquelles ceux-ci doivent se conformer. Le mot « islam » signifie obéir, se rattacher, parvenir au salut, cultiver l’amour lors des actes d’adoration, se remettre, se donner…

Le nom commun relatif à la religion de l’unicité divine (tawhîd) que tous les prophètes ont reçu et transmise depuis Adam (sur lui la paix), le premier homme et le premier prophète, c’est l’islam. Les efforts consentis pour toute religion fondée sur des principes autres que celles qui prônent l’interdiction de tout recours à l’associationnisme et à la réticence face au délabrement sont insignifiants et non valables. « Et quiconque désire une autre religion autre que l’Islam ne sera point agréé. » (al-Imran, 3/85)

Cette religion de l’unicité divine (tawhîd) a été révélée à l’humanité par Allah avec le verset descendu lors du dernier adieu de notre Prophète (pbsl) : « Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait. Et J’agrée l’Islam comme religion pour vous. » (al-Maida, 5/3)

 

L’engagement sur le chemin droit est étroitement lié à la nécessité divine ; la conscience de la divinité ouvrant le cœur des gens à l’islam. « Et puis, quiconque Allah veut guider, Il lui ouvre la poitrine à l’Islam. Et quiconque Il veut égarer, Il rend sa poitrine étroite et gênée, comme s’il s’efforçait de monter au ciel. Ainsi Allah inflige Sa punition à ceux qui ne croient pas. » (al-An’am, 6/125)

Le cœur éclairé par l’islam est certes éclairé par une lumière venue d’Allah (voir az-Zumar, 39/22) et qui est parvenue à la sérénité de la foi. L’islam, qui apporte l’éclaircissement dans le cœur de l’homme, porte dans son essence une image et des spécificités qui se reflètent à l’extérieur. On peut les classer de la manière suivante :

  1. L’islam porte la croyance en l’unicité divine qui se garde de tout associationnisme :

 

Depuis Adam (sur lui la paix), la plus importante particularité inhérente à l’islam est sa sensibilité à la notion d’unicité divine (tawhîd) en réponse à toutes les formes d’associationnisme. Ainsi le verset coranique en rapport avec ce point est le suivant :

Dis : « Devrais-je prendre pour allier autre qu’Allah, le Créateur des cieux et de la terre ? C’est Lui qui nourrit et personne ne Le nourrit. Dis : ‹ On m’a commandé d’être le premier à me soumettre ›. Et ne sois jamais du nombre des associateurs. » (al-An’am, 6/14)

Dans ce verset, ordre est donné de se dépouiller le cœur et le regard de toute idée de croyance basée sur tout autre dieu qu’Allah ; et s’il y a des personnes qui nourrissent quelques sentiments d’intérêt ou d’utilité quelconque, qu’ils se démarquent de tout et ne retiennent qu’un sentiment d’amitié à Son égard.

 

  1. L’islam ordonne une orientation totale vers Allah :

 

Une vie d’adoration, tout en restant liée à la pureté de la transparence du cœur, oscille entre l’hypocrisie et l’amour-propre. Afin d’y empêcher la pénétration de toute souillure, il y a toujours dans le Coran des recommandations qui orientent le cœur vers le Seigneur : Dis : « En vérité, ma Salat, mes actes de dévotion, ma vie et ma mort appartiennent à Allah, Seigneur de l’Univers. A Lui nul associé ! Et voilà ce qu’il m’a été ordonné, et je suis le premier à me soumettre. » (al-An’am, 6/162-163)

  1. L’islam prône une soumission totale à Allah :

 

L’islam signifie entre autres l’obéissance sans réserve dans un sens de soumission que revêt littéralement ce mot. De même, Allah s’adressa ainsi à Ibrahim (sur lui la paix) : « Quand son Seigneur lui avait dit : ‹ Soumets-toi ›, il dit : ‹ Je me soumets au Seigneur de l’Univers. » (al-Baqara, 2/131). C’est de cette façon que l’on peut exprimer sa soumission au Seigneur dans le vrai sens de l’engagement en islam.

  1. L’islam implique une soumission éloignée des débats futiles :

 

Allah le Très-Haut, qui connaît déjà la faiblesse et la déviance que peuvent manifester les hommes dans leur acceptation du Seigneur, fait savoir par le biais du verset coranique suivant qu’il n’est pas nécessaire d’entrer dans de longues discussions avec les incroyants, car il s’agit d’un travail d’ouverture de cœur : « S’ils te contredisent, dis-leur : Je me suis entièrement soumis à Allah, moi et ceux qui m’ont suivi. » (al-Imran, 3/20)

 

  1. L’intention en matière de soumission, c’est de se conformer aux ordres d’Allah :

 

Dans un verset coranique, l’ordre est beaucoup plus emprisonnant pour Ibrahim auquel le sacrifice de son fils Ismail lui fut ordonné, lequel à son tour montra son obéissance sans hésitation « lorsque tous deux se conformeront aux ordres d’Allah ».

  1. On doit se donner à Allah en toute soumission :

 

Après s’être soumis à Allah éloigné des débats inutiles, la deuxième tâche consiste à se donner entièrement à Lui. Il n’y a aucun doute que ceux qui se donnent entièrement à Lui et ceux qui ne le font pas ne sont pas égaux. Allah révèle, dans les termes coraniques suivants, que c’est dommage pour ceux qui ne se donnent pas à Lui : « Il y a parmi nous les Musulmans, et il y en a les injustes [qui ont dévié]. Et ceux qui se sont convertis à l’Islam sont ceux qui ont cherché la droiture. » (al-Djinn, 72/14)

  1. 7. La soumission, c’est la condition de l’engagement sur le chemin d’Allah :

 

Tout comme il existe un rapport entre la conformité et la soumission, il existe également un rapport entre la conformité et l’engagement sur le chemin d’Allah. Le Livre sacré évoque le fait que les juifs et les chrétiens qui se donneront à Allah en s’inspirant de l’islam parviendront à cet engagement sur le chemin d’Allah. (Voir al-Imran, 3/3)

  1. L’islam, c’est la soumission sans redevabilité ni faveur :

 

Le sentiment de croyance chez une personne est d’abord un gain en sa faveur. C’est la raison pour laquelle tout musulman, de par sa croyance, ne doit pas avoir d’idée de quelconque redevabilité ou de contrepartie : « Ils te rappellent leur conversion à l’Islam comme si c’était une faveur de leur part. Dis : ‹ Ne me rappelez pas votre conversion à l’Islam comme une faveur. C’est tout au contraire une faveur dont Allah vous a comblés en vous dirigeant vers la foi, si toutefois vous êtes véridiques. » (al-Hujurat, 49/ 17)

  1. L’islam, c’est vivre la religion avec tous les organes :

 

L’islam, tout comme les mots de foi et de bienfaisance évoqués également dans la tradition de Jibril, c’est se connecter les uns avec les autres. L’islam signifie délivrance, soumission et obéissance ; c’est l’application de la Loi divine. Quant à la foi, elle est l’instauration de la croyance et de la tranquillité à l’intérieur du cœur. C’est pour cette raison que dans le Coran la foi exprime une profondeur plus manifeste que l’islam en tant que tel. Ainsi, dans la sourate al-Hujurat, nous trouvons ce verset au demeurant impressionnant : « Les Bédouins ont dit : ‹ Nous avons la foi ›. Dis : ‹ Vous n’avez pas encore la foi. Dites plutôt : Nous nous sommes simplement soumis, car la foi n’a pas encore pénétré dans vos cœurs. Et si vous obéissez à Allah et à Son messager, Il ne vous fera rien perdre de vos œuvres ›. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. » (al-Hujurat, 49/14) Les Arabes cités dans cette sourate sont donc désignés comme des gens parvenus à l’islam et non à la foi.

  1. L’islam et la foi doivent faire montre de consistance dans l’excellence :

 

Le degré avancé de l’islam et de la foi est l’excellence (ihsân). L’excellence, c’est avoir conscience d’être soumis en tout point à Allah. La foi qui parvient à cette consistance est encouragée et louée dans le verset coranique suivant : « Non, mais quiconque soumet à Allah son être tout en faisant le bien, aura sa rétribution auprès de son Seigneur. Pour eux, nulle crainte, et ils ne seront point attristés. » (al-Baqara, 2/112) Se retenir de toute crainte et tristesse est, selon le Coran, le devoir même de l’islam. Quand on porte une réflexion critique sur ce verset, il ressort également que les « excellents » seront sous la protection divine. La qualité de l’excellence dans le sens religieux du terme est également exprimée ainsi : « Qui est meilleur en religion que celui qui soumet à Allah son être, tout en se conformant à la Loi révélée et suivant la religion d’Abraham, homme de droiture ? Et Allah avait pris Abraham pour ami privilégié. » (al-Nisa,4/125) Être excellent, c’est aussi s’accrocher à une anse ferme : « Et quiconque soumet son être à Allah, tout en étant bienfaisant, s’accroche réellement à l’anse la plus ferme. La fin de toute chose appartient à Allah. » (Luqman, 31/22) Et les excellents sont ceux qui sont à la suite des Muhajirruns (Emigrés) et des Ansars (Auxillaires) parce que « Les tout premiers [croyants] parmi les Emigrés et les Auxiliaires et ceux qui les ont suivis dans un beau comportement, Allah les agrée, et ils l’agréent. » (at-Tawba, 9/100)

  1. L’islam, l’adoration et la crainte sont liées ensemble :

Le Coran évoque le rapport de l’islam avec l’adoration et la crainte révérencielle d’Allah (taqwâ) : « Et d’accomplir la Salat et de Le craindre. C’est vers Lui que vous serez rassemblés. » (al-An’am, 6/72)

  1. L’islam, c’est vivre l’engouement de la croyance en l’unicité divine (tawhîd) :

 

Vivre avec engouement la croyance en l’unicité divine telle que la définit l’islam et percevoir le temps comme étant une vie d’adoration sereine sont deux dimensions qui demeurent préliminaires, des dimensions largement étayées dans le Coran : « A chaque communauté, Nous avons assigné un rite sacrificiel, afin qu’ils prononcent le nom d’Allah sur la bête de cheptel qu’Il leur a attribuée. Votre Dieu est certes un Dieu unique. Soumettez-vous donc à Lui. Et fais bonne annonce à ceux qui s’humilient. » (al-Hajj, 22/34). Vivre l’islam avec engouement est lié à la soumission formulée dans le cœur.

  1. L’islam prône pour une conformité de l’action et du discours :

 

L’islam applique aux individus un test d’œuvres de piété qui mesure leur degré de soumission, comme évoqué dans le Coran de la façon suivante : « Et qui profère plus belles paroles que celui qui appelle à Allah, fait bonne œuvre et dit : ‹ Je suis du nombre des Musulmans› ? » (Fusillat, 41/33)

 

  1. Le musulman croit aux versets d’Allah :

 

Grâce aux versets lus dans le Coran et à ceux observés dans le livre universel, la soumission du musulman ne peut être que totale : « Tu ne peux non plus guider les aveugles hors de leur égarement. Tu ne feras entendre que ceux qui croient en Nos versets et se soumettent. » (an-Naml, 27/81)

  1. Le musulman récite les versets du Coran :

Comme l’islam prône la nécessité de la soumission aux vérités qu’indiquent le Coran, le musulman récite la Parole d’Allah : « (…) et il m’a été commandé d’être du nombre des Musulman et de réciter le Coran (…) » (an-Naml, 27/91-92)

  1. Le musulman est un témoin qui observe et qui est observé

Le musulman est attentif aux erreurs faites par les autres et il est aussi un modèle pour les autres. Le Coran dit : « Et luttez pour Allah avec tout l’effort qu’Il mérite. C’est Lui qui vous a élus ; et Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion, celle de votre père Abraham, lequel vous a déjà nommés ‹ Musulmans › avant (ce Livre) et dans ce (Livre), afin que le Messager soit témoin contre vous, et que vous soyez vous-mêmes témoins contre les gens. Accomplissez donc la Salat, acquittez la Zakat et attachez-vous fortement à Allah. C’est Lui votre Maître. Et quel Excellent Maître ! Et quel Excellent soutien ! » (al-Hajj, 22/78) Se désigner musulman comporte une grande responsabilité. Sa valeur est proportionnelle à la consistance de l’exemple pris.

  1. Le musulman souhaite une descendance qui lui soit bénéfique :

 

Le musulman, tout comme il vit lui-même en musulman, veut que cet esprit continue avec les générations futures. C’est ainsi qu’il fait l’imploration suivante (à l’instar d’Ibrahim) en faveur de sa descendance : « Notre Seigneur ! Fais de nous Tes Soumis, et de notre descendance une communauté soumise à Toi. Et montre-nous nos rites et accepte de nous le repentir. Car c’est Toi certes l’Accueillant au repentir, le Miséricordieux. » (al-Baqara, 2/128) L’homme partage ces idéaux et ses pensées avec les générations qui marcheront sur ses propres traces.

  1. Le musulman mène une vie ordonnée :

 

De même que le musulman a une vie d’adoration, la vie de famille et les rapports humains doivent aussi être méthodiques et mesurés avec la balance de la justice. C’est pour cela qu’il se comporte bien envers toute l’humanité en commençant par ses parents, l’invocation suivante traduisant ce fait : « Et Nous avons enjoint à l’homme de la bonté envers ses père et mère (…) Et fais que ma postérité soit de moralité saine, Je me repens à Toi et je suis du nombre des Soumis. » (al-Ahqaf, 46/15)

  1. Le musulman désire garder sa foi musulmane jusqu’à son dernier souffle :

Ce qui importe, c’est de vivre en musulman et de mourir en musulman. Parce que le dernier souffle sera l’instant le plus important. C’est pour cette raison qu’il nous a été recommandé d’implorer : « (…) Fais-moi mourir en parfaite soumission et fais-moi rejoindre les vertueux. » (Yusuf, 12/101) La première attente du musulman est que la mort survienne alors qu’il a la foi : « (…) certes Allah vous a choisi la religion : ne mourrez point, donc, autrement qu’en Soumis ! (à Allah). » (al-Baqara, 2/132) ; « Ô les croyants ! Craignez Allah comme Il doit être craint. Et ne mourez qu’en pleine soumission. » (al-Imran, 3/102) Fuir le djihad par crainte de la mort, la peur de rencontrer la mort alors qu’on est en train de mener une activité insignifiante ou une occupation quelconque, est un dénouement terrible. Aucun musulman ne souhaiterait une telle fin.

  1. Le musulman est digne de cette appellation donnée par Allah à son encontre : « Mon serviteur » :

Pour le musulman, le plus magnifique des bonheurs est de s’entendre appeler par Allah « Mon serviteur ». Cette appellation est sujette à plein d’honneurs et est l’attente finale du musulman : « Ô Mes serviteurs ! Vous ne devez avoir aucune crainte aujourd’hui ; vous ne serez point affligés. Ceux qui croient en Nos signes et sont musulmans. » (az-Zuhruf, 43/68-69) En fin de compte, et simplement, ce qui est attendu de cette appellation peut faire l’objet d’un grand bonheur. Que notre Seigneur nous l’attribue à tous.

 

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