Valoriser le temps de la jeunesse

Mar 13, 2019 par

Valoriser le temps de la jeunesse

 

 

Prof.Dr. Suleyman Derin

 

 

 

 

Allah nous dit dans le Saint Coran :

 

« Ô vous qui avez cru ! Préservez vos personnes et vos familles, d’un Feu dont le combustible sera les gens et les pierres…[1] »

 

Ce verset indique que nous devons nous prémunir, nous et notre famille, de la tentation et des dépravations de notre temps. On ne peut atteindre ce noble objectif qu’en apprenant parfaitement notre religion et qu’en ayant une existence fondée sur une éducation religieuse de bonne qualité. En outre, en matière d’éducation religieuse, il est de notre devoir de doter nos jeunes de tous les savoirs nécessaires par le biais de centres d’études spécialisés. Pour ce faire, nous devons bâtir des centres spécialisés qui proposent d’étudier notre Glorieux Coran et notre religion en général, et ce, quels que soient les coûts colossaux qu’il faille engager.

 

L’Imam Rabbanî, un des maîtres soufis les plus attachés à ce thème, apporte cet éclaircissement sur le caractère hautement méritoire de l’enseignement et de la propagation de la jurisprudence islamique (fiqh) comparativement à n’importe quelle œuvre pie :

 

« Soutenir et répandre ne serait-ce qu’un seul aspect de la jurisprudence islamique vaut mieux que des millions dépensés en or (ou en argent) dans le sentier d’Allah. Il s’agit ici en effet d’entreprendre une fonction particulière aux prophètes d’Allah qui sont eux-mêmes les êtres les plus vertueux de la création. Il est évident que même si d’autres personnes que les prophètes parviennent à dépenser des millions en or dans le sentier d’Allah, les prophètes récolteront bel et bien les plus grands mérites[2]. »

 

« Et pourquoi cette tâche est-elle si difficile à réussir ?

 

Elle est difficile parce que l’apprentissage et la propagation de la jurisprudence sont des choses indésirables pour l’âme.

 

De plus, l’âme se retrouve face à une objection quand il s’agit de mettre en application les injonctions de cette jurisprudence. La raison en est que ces injonctions sont incompatibles avec les désirs de l’âme.

 

Quand il s’agit de dépenser un bien, l’âme peut parfois y consentir. Évidemment, s’agissant de dépenser afin de soutenir la jurisprudence et la promotion de la religion, l’âme dispose d’aptitudes élevées. L’intention avec laquelle on use d’un gramme d’argent est pour l’âme similaire à l’âme qui use de milliers de grammes d’or[3]. »

 

En fait, lorsque les musulmans (et le monde musulman de façon générale) traversent des périodes difficiles, les centres d’apprentissage subissent premièrement les effets du choc. Il est alors du devoir de tout musulman de participer au financement de ces centres quand ils rencontrent des difficultés.

 

Conscients de cette réalité, les rapprochés d’Allah et les soufis éclairés accordent une importance primordiale à l’éducation religieuse en déployant d’énormes efforts pour bâtir des centres voués à l’enseignement de l’Islam.

 

Contrairement à ce que certains pensent, la spiritualité sans le recours à la science est chose impossible. L’atteinte des plus hauts états spirituels s’accomplit par ce qu’ils signifient en termes de compréhension.

 

C’est pour ce motif que l’Imam Rabbanî incite avant tout les jeunes croyants à rechercher la science :

 

« Ces connaissances soufies sont en vérité la connaissance de l’état. Les états résultent aussi des œuvres. C’est l’accomplissement ordonné et sincère des œuvres qui détermine l’état d’une personne et l’aboutissement de ses savoirs. L’accomplissement ordonné des œuvres n’est rendu possible qu’à travers la connaissance de celles-ci et la compréhension de la particularité de chaque œuvre. C’est également le cas pour la prière, le jeûne et les autres obligations religieuses ; de même que pour toutes les sciences qu’Allah Exalté a rendues obligatoires et auxquelles Il invite Ses serviteurs dont (notamment) les sentences à caractère jurisprudentiel, les relations humaines, le mariage, le divorce, le commerce. Ces sciences se méritent par le sacrifice de l’apprentissage et nul n’a le droit de s’en éloigner. La connaissance se situe entre deux efforts : l’effort à fournir avant d’acquérir la science et l’effort consenti par la mise en pratique de cette science[4].

 

Même si le but de l’éducation spirituelle  est la mise en œuvre de tous les savoirs acquis, il faut être au fait que cette mise en œuvre est avant tout reliée à la connaissance du licite et de l’illicite.

 

Allah l’Exalté enjoint à tout chef de famille la patience en ce qui concerne l’apprentissage et l’exécution des ordres divins, car il s’agit d’un exercice de longue haleine qui en nécessite (beaucoup).

 

Malheureusement, la majorité des chefs de famille d’aujourd’hui ont oublié leurs responsabilités en pensant seulement s’acquitter de celles qui sont liées à la survie de leur famille. En vérité, la subsistance est une grâce d’Allah qu’Il accorde à Ses serviteurs comme Il nous le rappelle dans le Saint Coran :

 

« Et commande à ta famille la Salat, et fais-la avec persévérance. Nous ne te demandons point de nourriture: c’est à Nous de te nourrir. La bonne fin est réservée à la piété[5]. »

 

En fait, tout comme les chefs de famille se trouvent confrontés telle une épreuve à l’orientation religieuse des jeunes, ces derniers sont aussi confrontés à une telle épreuve. La raison en est qu’en matière d’éducation, la jeunesse d’aujourd’hui est beaucoup plus au fait.

 

Très tôt, les jeunes éprouvent de grandes difficultés à intégrer les facultés susceptibles de leur assurer un prestige temporaire. À l’inverse, l’éducation spirituelle est perçue par ces mêmes jeunes comme une perte de temps. Ce phénomène est dû parce que tant l’ego que Satan redoutent les activités éducatives qui rapprochent l’homme de son Seigneur :

 

« Au temps de la jeunesse, l’homme est assiégé et occupé par ses ennemis majeurs que sont l’ego et Satan. Face à cette contrainte, le moindre petit acte d’adoration effectué au temps de la jeunesse vaut autant de récompenses incalculables. Cet acte d’adoration a même plus de valeur que ceux effectués durant la vieillesse qui est une période exempte de la contrainte de ces deux facteurs antécédents. Selon la loi militaire, le moindre geste que fait un soldat face à l’adversaire est d’une portée immense. Ce même geste effectué en période de paix et de reconnaissance de l’ennemi ne peut avoir autant de valeur.

 

Mon enfant ! L’homme, cet être caractérisant le noyau et la conclusion de toute la création, n’a pas été créé en vue du divertissement, du manger, du boire et du sommeil, mais pour accomplir des actes de soumission et d’adoration envers son Seigneur et pour se réfugier auprès de son Seigneur et Le supplier en toute humilité tout en reconnaissant sa faiblesse…[6] »

 

Au regard des temps anciens, il est sans aucun doute très difficile pour un jeune d’être attentif au rappel alors qu’il est sujet à l’amusement. Cependant, comme nous l’a indiqué l’Imam, un service accompli dans le sentier d’Allah en période de contrainte est plus méritoire que le service accompli en toute autre circonstance.

 

En résumé, nous retenons que les personnes âgées ne sont pas les seules concernées par cette vie d’épreuves. Les jeunes le sont aussi, c’est-à-dire ceux qui ont atteint l’âge de la puberté.

 

Quant à ce thème, la réponse que ‘Ali – qu’Allah l’agrée –donna au Prophète () pendant son attestation de foi doit aiguiser notre conscience.

 

Le Prophète () invita son cousin ‘Ali à l’Islam mais lui conseilla auparavant de consulter son père Abû Talib à ce sujet.

 

Alors qu’il était à l’âge de l’innocence, ‘Ali – qu’Allah l’agrée – délivra cette sage réponse : « Quand Allah m’a créé, a-t-Il consulté mon père pour que j’agisse de même (relativement à mon attestation de foi en Allah) ! »

 

Veuille Allah l’Exalté accorder la réussite à nos jeunes et à nos aînés durant ces épreuves difficiles. Et dans l’expectative d’affronter ces âpres épreuves qui sont l’apanage de cette vie éphémère, veuille Allah nous préserver de toute paresse et tout désintérêt pour ce qui a trait à la vie céleste, notamment sa préparation.

 

Amin.

 

 

 

 

 

 

 

[1] Sourate At-Tahrim, 66 : 6.

[2] 48ème Lettre.

[3]48ème Lettre.

[4] 49ème Lettre.

[5]Sourate Ta-Ha, 20 : 132.

[6]73ème Lettre.

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