Les vraies victimes du divorce

Mar 15, 2019 par

Les vraies victimes du divorce

 

Fatma Nur Cihan

 

 

J’avais un ami très jeune. Il devait avoir entre dix-huit et dix-neuf ans. Un jour, je lui dis en plaisantant :

« Tu es en âge de te marier. N’y penses-tu pas ? »

Sa réponse fut inattendue et me laissa perplexe :

« Pourquoi me marier ? Pour divorcer au bout de trente ans. »

En effet, les parents de mon ami avaient pris un an auparavant la décision de divorcer et en ont informé leurs enfants qui étaient tous devenus eux-mêmes des adultes. Sa réaction instantanée démontre qu’il faut avoir une explication très claire par rapport aux dégâts engendrés par le divorce.

Le divorce provoque des troubles psychologiques et sociologiques qui affectent tous les membres de la famille, même s’ils sont grands et disposés à se marier. Cet exemple est le plus approprié pour résumer cette situation que j’ai moi-même vécue et que j’ai rapporté ci- dessous…

Le fait que les parents constatent cette situation et disent :

« Nous avons parlé à nos enfants, ils ont compris et accepté cette situation avec raison, ils ressentent tous les troubles qui se déroulent actuellement au sein de notre famille et acceptent un tant soit peu ce projet menant au divorce ; ils sont plus au moins d’accord avec cette décision que nous venons de prendre et cette réflexion fondée peut avoir des côtés positifs ou peut-être le contraire. »

Mais il ne faut pas oublier ceci : en aucun cas le divorce est une situation facile à gérer. Il faut être particulièrement vigilant pour tout ce qui concerne le point de vue mental et physique des enfants…

Je tiens à préciser ici qu’en aucun cas je ne conseille le fait de maintenir les liens du mariage, quelles que soient les différentes situations ou bien que je sois contre le divorce. Je n’ai aucun droit de tenir de tels propos alors que je n’ai aucune capacité requise.

Sans nul doute, toutes les familles ont été fondées avec la même intention et la même volonté commune entre un homme et une femme. Les personnes qui ont décidé librement de se marier devront avoir la même attitude face au divorce afin qu’elles puissent prendre toutes les responsabilités requises en subissant les conséquences liées au divorce, qu’elles soient bonnes ou mauvaises: c’est l’essence même de ce choix.

Evidemment, fonder une famille en se mariant ou la détruire en divorçant comportent bien des désagréments, surtout s’il y a des enfants au sein de ce foyer.

En réalité, les enfants peuvent être les intermédiaires pour faciliter la continuité du couple ou bien ils deviendront le problème majeur en cas de « divorce difficile ». On est amené en conséquence à se poser la question si l’homme et la femme ne sont pas devenus égoïstes, ne pensant qu’à leurs propres intérêts lorsqu’ils ont pris la décision de divorcer au détriment du bien-être de leurs enfants.

Il faut le savoir, tout divorce affecte l’enfant ; quel que soit son âge, cette épreuve lui apporte son lot de problèmes sérieux et permanents.

En premier lieu, on peut envisager que les enfants témoigneront moins de respect vis-à-vis de leurs parents car ils les prenaient pour exemple. Dans le cas où l’un des parents a dénigré  l’autre parent et surtout si cela s’est déroulé en présence des enfants, alors la situation peut   s’envenimer. Dans la compréhension de l’enfant, ainsi que dans sa sensibilité propre, tous les hommes ainsi que toutes les femmes sont sans conteste comparables à son père et à sa mère.

À cause de cette interprétation et de ce manque de jugement, on constate que les enfants issus d’un tel divorce seront davantage attentionnés, réservés et craintifs plus tard dans leur propre vie de famille. De même, un enfant qui aura grandi dans un foyer ayant divorcé de cette façon pourra recourir plus aisément au divorce dans sa vie maritale puisqu’il se peut que dans son esprit le divorce soit l’unique issue, mais il pourrait tout aussi bien avoir des sentiments et des comportements contraires… En aucun cas le divorce est une finalité en soi.

Bien sûr, ne manquons pas de souligner que dans le monde de l’enfant ayant subi tous les tracas du divorce, il demeurera toujours en lui le manque du parent absent…

Aucun mot ne pourrait nous décrire ce que ressent un enfant lorsqu’il voit les autres enfants  se promenant avec leurs parents respectifs, partageant des moments de tendresse. Quand il les voit ainsi, il est le seul à connaître et à ressentir le manque et l’absence de son père ou de sa  mère à chacun de ces instants !…

De plus, une fois que les parents auront obtenu le divorce, ils devront faire face à de nouvelles dépenses qui varieront selon leur mode de vie ; par conséquent, ils devront travailler plus et passer moins de temps avec leurs enfants. Ceci démontre une fois de plus que tous ces nouveaux changements qui résultent du divorce se feront au détriment de l’enfant. Hélas ! Encore une fois, l’enfant est encore délaissé, mis de côté au sein même de son histoire familiale.

À qui profite vraiment le divorce ?

Bien sûr, la vie ne nous garantit pas un mariage à vie ! Après le divorce, il est possible à la femme comme à l’homme de se remarier et même dans certains cas, cela est presque obligatoire ! Chaque situation est examinée au cas par cas … Dans ce choix d’union, les enfants du mariage précédent sont considérés comme un « rajout » étant donné que l’enfant sera éduqué soit par un père différent ou soit par une mère différente… Par ailleurs, pour l’enfant qui aime ses parents légitimes et qui connaît plus ou moins leur caractère réciproque, cela ne doit pas être une mince affaire que de s’intégrer dans une nouvelle famille, avec un nouvel environnement et chercher sans cesse à légitimer sa présence, son identité et son appartenance au sein de cette nouvelle famille « recomposée ».

Si nous devions résumer ce que nous venons de constater, nous remarquerions qu’en général ce sont presque toujours les enfants qui payent un lourd tribut quand les parents divorcent. Ces chers petits, mêmes s’ils sont plus âgés, se retrouvent toujours sans protection aucune ; ils demeurent dans ce foyer détruit, sans aucun remède ! Je me permets de conseiller aux parents qui n’arrivent plus à s’entendre, qui ne se supportent plus, qui ne peuvent plus vivre ensemble et qui pensent que le divorce serait la solution adéquate à tous leurs problèmes, qu’il faudrait qu’ils reconsidèrent leur décision mutuelle tout en pensant aux bienfaits qu’ils pourront apporter au bien-être de leurs enfants.

Bien sûr que toutes ces réflexions n’incitent pas à la poursuite du lien conjugal pour tous ceux qui ne ressentent plus le sentiment amoureux vis-à-vis de l’autre conjoint ; pour tous ceux qui ont entrepris toutes sortes de preuves et de sacrifices sans avoir obtenu aucune contrepartie, et aussi pour tous ceux qui ont investi dans les sentiments attachés à l’honneur, à la fidélité et à la confiance que représentaient à leurs yeux et dans leurs cœurs tous ces éléments nécessaires pour « sauver » leur vie de couple : mais hélas ! L’autre conjoint les a endommagés et a mis fin à la continuité de l’union. Si un mariage parvient au stade de « l’usure », alors que toutes les voies légales ont été utilisées pour poursuivre la vie conjugale, alors oui le divorce peut et doit s’effectuer en toute intelligence spirituelle et sérénité de cœur. Même si notre religion considère le fait de divorcer comme quelque chose de détestable, elle a accepté ce principe et l’a rendu légitime… (cf. Abû Dawûd, Talaq, 3 ; Ibn Mâja, Talaq, 1) Notre religion, contrairement à la religion catholique qui interdit le divorce dans tous les cas et pour l’éternité, le considère comme contraire aux réalités de la vie. De plus, l’islam, de par ses lois religieuses, contribue dans ce sens et dans des situations précises à « inciter » même au divorce. (cf. Coran, sourate An-Nisa 4/130)

Dans le « meilleur »  des cas, la tâche décisive qui incombe aux parents préconise le maintien de la cellule familiale et cela pour le bien-fondé de tous. Maintes fois les parents devront faire appel à la patience, être assidus à la prière et être réconfortés par les prières ; ainsi consolidés, ils sauront reconnaître la valeur de chacun des membres de la famille qu’Allah leur a octroyé (cf. Coran, An-Nisa, 4/19 ; Al- Baqara 2/216), ayant à l’esprit tous les dégâts qu’ils auraient pu faire subir à leurs proches de part leurs comportements égoïstes et leurs absences  inconscientes.

Enfin, il est nécessaire de le rappeler, lorsque le mariage « touche au stade final », il est préconisé d’y mettre fin de la plus belle des manières. À ce moment précis, le couple est comparable à un corps condamné par la gangrène dont le seul remède possible consiste à le sectionner. Le cas échéant, les dommages occasionnés par la poursuite de la vie maritale seraient plus importants que les avantages bénéfiques tant recherchés.

Qu’Allah nous accorde des conjoints qui nous comblent de sérénité, au sein d’un foyer où il nous serait permis d’éduquer en toute sagesse les futures générations. Qu’Il nous permette d’être de bons exemples pour eux.

Qu’Allah offre Sa patience à toutes celles et tous ceux qui se trouvent actuellement dans l’obligation de divorcer pour des raisons légitimes.

Amin.

 

 

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